Cette année point de thème, du moins en apparence, mais une suite de tubes qui fit le bonheur d’une Halle pleine à craquer.
Tugan Sokhiev avait mis au programme trois noms, et non des moindres, figurant dans son arbre généalogique : Glinka (Ouverture de Russlan et Ludmilla), Tchaïkovski (extraits de Casse-noisette), et Borodine (les danses Polovtsiennes du Prince Igor), invitant en bis un quatrième congénère, rien moins que Chostakovitch et sa transcription pour orchestre du célébrissime « Tea for two ». Au milieu de cet éminent quatuor étaient venus se glisser Rossini (ouverture de Guillaume Tell avec un Pierre Gil au violoncelle absolument renversant d’intensité), Respighi (La Boutique fantasque), et Offenbach (la Barcarolle des Contes d’Hoffmann). Mais il est clair qu’un concert du Nouvel An sur les bords de la Garonne, même sans vouloir narguer son prestigieux ancêtre viennois, se doit de rendre hommageà Johann Strauss. Ce fut chose faite avec l’ouverture de La Chauve-souris et trois polkas parmi les plus célèbres des cent quatre vingt qu’il composa : « Unter Donner und Blitz », « Neue Pizzicato polka » et « Trich-trach polka ».
Et comment résister à un public en délire sans lui offrir le moyen de participer à la fête en battant des mains au rythme de la fameuse « Marche de Radetzki », de Johann Strauss père ?
Chapeaux pointus multicolores pour les cors, nez rouge de clown pour la grosse caisse, qui ne se priva pas d’ailleurs d’en rajouter pour le plus grand plaisir de tous, et bien sûr, Tugan Sokhiev, particulièrement décontracté pour l’occasion, tout à la fois terriblement attentif à la qualité de l’interprétation et soucieux du caractère festif de ce concert, n’hésitant pas à « abandonner » un moment l’orchestre au cours de la Marche de Radetzki pour solliciter quelques travées de spectateurs pas trop en rythme, il n’en fallait pas plus pour que s’achève sous un tonnerre d’ovations ce début d’année formidablement musical et… sympathique.
Robert Pénavayre
|