CRITIQUE
Mozart de la naissance à la mort
Le léger changement apporté au programme du concert Grands Interprètes du 2 décembre dernier a permis aux artistes invités de couvrir pratiquement toute la période de production de Mozart. S’ouvrant sur le premier mouvement de sa toute première symphonie, composée à l’âge de huit ans (!), la soirée s’achevait sur la partition inachevée de son Requiem.
Jean-Christophe Spinosi, à la tête de son ensemble Matheus et de l’ensemble vocal Mélisme(s) balayait ainsi presque trente ans d’une courte vie de création interrompue par une injuste mort précoce. De l’allegro molto juvénile qui ouvre toute la série de ses 41 symphonies se dégage déjà d’incroyables modulations, témoins d’une imagination féconde, dont Jean-Christophe Spinosi souligne avec passion les fugaces dissonances habilement résolues, ainsi que le rythme vital.
Le motet « Exsultate Jubilate », composé à l’âge de dix-huit ans à l’intention du célèbre castrat sopraniste Venanzio Rauzzini, évoque une scène de concert ou d’opéra basée sur un prétexte religieux. Il révèle ici l’admirable soprano canadienne Karina Gauvin dont le sourire transfigure la voix. Finesse, sensibilité et virtuosité sans ostentation émanent de ce timbre rond et chaleureux.
Le célèbre et paisible « Ave Verum Corpus » constitue une parfaite introduction au Requiem et présente les qualités séduisantes de l’ensemble vocal Mélisme(s), dirigé par Gildas Pungier.
La vivacité de la direction de Jean-Christophe Spinosi s’assagit quelque peu dans l’exécution du Requiem. Les angles restent vifs grâce aux pupitres acérés et précis des vents qui insufflent une belle énergie rythmique aux mouvements animés, comme le Dies Irae. Un grand bravo au trombone solo du Tuba Mirum. Curieusement les cordes restent un peu en retrait entraînant quelques baisses de tension passagères. Le chœur déploie une dynamique bien en situation, alternant fureur et crainte, avec néanmoins quelques imprécisions passagères vite corrigées. Du quatuor de solistes, dominé par le duo féminin, émerge la beauté vocale et expressive de la soprano Karina Gauvin et le timbre sombre et beau d’Isabelle Cals. Un Requiem en demi-teinte qui obtient un très vif succès public.
Serge Chauzy