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Concerts/ Grands Interprètes / Chamber Orchestra of Europe, Yannick Nézet-Séguin, direction, Valeriy Sokolov, violon - 12/10/2010
     

CRITIQUE

Le romantisme germanique revisité

L’ouverture de la saison de concerts des Grands Interprètes s’est placée, le 12 octobre dernier, sous le signe de l’Europe. Mais une Europe qui s’étend malicieusement du Canada… jusqu’à l’Oural ! Le très brillant chef d’orchestre québécois Yannick Nézet-Séguin, à la tête du Chamber Orchestra of Europe, ainsi que le jeune violoniste ukrainien Valeriy Sokolov étaient les acteurs de cette belle soirée inaugurale.

La tradition musicale mérite parfois d’être bousculée. En outre, elle ne cesse d’évoluer. A l’évidence le dynamisme impressionnant du chef et la réactivité immédiate de l’orchestre accueilli à Toulouse permettent aux exécutions du grand répertoire romantique qui compose le programme de présenter un autre visage que celui que la tradition postromantique lui a forgé. Schubert, Brahms, Schumann sonnent rarement comme ce soir du 12 octobre. Remarquons tout d’abord le souci des interprètes (et probablement avant tout de Yannick Nézet-Séguin) de coller à l’histoire de l’instrumentation comme outil de base. Pour les deux symphonies au programme signées Schubert et Schumann, le chef a recours aux trompettes naturelles, sans piston ni palette, admirablement jouées d’ailleurs, et aux petites timbales classiques, si affûtées dans leurs interventions. Les cordes restent en outre particulièrement économes en vibrato. Tout cela, associé aux choix des phrasés et des tempi aboutit à une équilibre orchestral bien différent de celui auquel la tradition (encore elle) nous a habitués.


Le chef canadien Yannick Nézet-Séguin, le violoniste ukrainien Valeriy Sokolov et le Chamber Orchestra of Europe à l'issue du concerto de Brahms (Photo Classictoulouse)

Mais c’est probablement chez Brahms que le changement est le plus étonnant. Fini la confortable moquette de cordes d’où émergent les instruments à vent (dont les traditionnelles trompettes à palettes). Ici, cordes et vents jouent à égalité au bénéfice d’une belle transparence orchestrale. On découvre ainsi tel trait de flûte, de clarinette, de basson, et bien entendu le sublime solo de hautbois de l’Adagio, ici admirablement « chanté ». Le soliste se glisse avec finesse dans cette conception nouvelle. Valeriy Sokolov (à peine vingt-quatre ans !) témoigne ici d’une belle maturité. Plutôt que de baser son interprétation sur la seule beauté intrinsèque de sa sonorité ou sur le virtuosité qui est la sienne, il la nourrit d’une sensibilité à fleur de peau. Après un dramatique Allegro ma non troppo initial, la touchante rêverie de l’Adagio débouche sur un final jubilatoire en forme de feu d’artifice. Orchestre et soliste communient dans la même célébration réjouissante.
Dans la quatrième symphonie dite « Tragique » de Schubert, qui ouvre la soirée, l’introduction Adagio molto, intense et dramatique, précède un Allegro vivace tempéré par une sorte d’inquiétude sous-jacente. La tendresse si schubertienne qui imprègne l’Andante, l’effervescence chorégraphique du Menuetto conduisent à un Allegro final intensément fébrile.
Schumann et sa deuxième symphonie (en fait la troisième chronologiquement parlant), si complexe, si étrange, clôt ce généreux concert. De l’aveu même de Yannick Nézet-Séguin, «  Il faut en admettre la schizophrénie !... » La réalisation qu’en obtient le chef québécois est surprenante de cohérence, de logique et également de dynamisme irrésistible. De l’introduction quasi-religieuse à l’élan vital inextinguible, presque désespéré du final, l’exécution de cette étonnante partition capte l’attention de chacun de manière impérieuse. En particulier, l’Allegro ma non troppo du mouvement initial, tout en ruptures, éblouit par ses multiples enchaînement parfaitement négociés. L’énergie déployée par le chef et la vivacité de l’orchestre animent cette œuvre qui, d’après Schumann lui-même, célèbre l’esprit vainqueur des défaillances physiques qui commencent à l’affecter. La réussite est totale !

Serge Chauzy

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
 
Programme du concert donné le 12 octobre 2010 à 20 h à la Halle-aux-Grains de Toulouse :

* F. Schubert

- Symphonie n° 4 "Tragique"

* J. Brahms
- Concerto pour violon et orchestre

* R. Schumann

- Symphonie n° 2

 

 

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