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Concerts/ Grands Interprètes / Les Musiciens du Louvre-Grenoble,
Marc Minkowski 21/04/2011
     
 

CRITIQUE

Austère ferveur

Après une Passion selon Saint-Matthieu à l’immense effectif choral, la Halle aux Grains accueille une Messe en si mineur dont le chœur est réduit à un petit groupe de dix solistes seulement. Le 21 avril dernier, la saison des Grands Interprètes recevait Les Musiciens du Louvre dirigés par leur fondateur Marc Minkowski pour une interprétation en rupture avec les habitudes traditionnelles. Une vision renouvelée du chef-d’œuvre sacré de Johann Sebastian Bach.

Certes, après la révolution dite « baroqueuse » initiée par Nikolaus Harnoncourt jadis, Joshua Rifkin, musicien et musicologue américain avait déjà initié le mouvement tendant à remplacer l’opulence chorale des grandes partitions de Bach (Cantates, Passions, Oratorios, Messes) par un petit chœur de solistes, à un par voix. Marc Minkowski adopte la même démarche en l’adaptant à cette Messe en si mineur emblématique de l’expression œcuménique de la foi en matière musicale. En effet, chaque épisode, pris séparément, relève de l’Eglise évangélique, alors que le traitement des cinq pièces de l’ordinaire de la messe le rattache au culte catholique.


Les Musiciens du Louvre-Grenoble et le "choeur" de chanteurs solistes réunis autour de Marc Minkowski (Photo Classictoulouse)

Afin d’entrer dans la magie de l’œuvre, l’auditeur doit se débarrasser des habitudes d’écoute héritées de la vision romantique à travers laquelle Bach a été diffusé au cours des décennies. Ainsi, la lente procession du Kyrie eleison, qui ouvre la célébration, prend une tout autre signification dans cet environnement vocal. Ce n’est plus l’expression d’une ardeur populaire rassemblée, mais celle d’une ferveur individuelle différentiée. L’auditeur perçoit ici chaque voix dans sa propre personnalité et non plus une masse chorale homogène et uniforme. La perspective sonore, l’équilibre avec l’ensemble instrumental s’en trouvent évidemment modifiés. Mais c’est également le cas de la symbolique spirituelle. L’individu revient au premier plan.
D’une manière générale, Marc Minkowski insuffle à l’exécution une dynamique interne qui passe par une attention particulière au mouvement rythmique, comme cela est perceptible dès le Christe eleison, clairement accentué.
Chaque soliste, vocal et instrumental, voit ainsi sont rôle renforcé. Le timbre lumineux de la soprano Blandine Staskiewicz dialogue joliment avec les guirlandes éblouissantes du violon solo Thibault Noally dans le Laudamus te. La douceur angélique du traverso solo Florian Cousin échange son commentaire avec le timbre riche du ténor Emiliano Gonzalez Toro dans le Domine Deus. L’absence de Nathalie Stutzmann, souffrante, laisse la voie (la voix ?) à l’excellent contre-ténor Terry Wey qui, outre un émouvant Qui sedes partagé avec le hautbois d’amour de Yann Miriel, réalise une bouleversante intervention dans l’Agnus Dei, confidence intime et rêveuse à la fois. Initialement chargé de la partie de deuxième alto et remplacé, dans cette fonction, par le talentueux contre-ténor Yann Rolland, il transcende vraiment sa contribution à l’œuvre commune. Le ténor Colin Balzer fait du Benedictus une véritable et profonde prière, alors que la basse Christian Immler impressionne dans le solennel Et in spiritum. Les cuivres, dont la tâche, par instants redoutable, réalisent d’éblouissantes interventions. C’est le cas du cor naturel, dans l’invraisemblable partition du Quoniam tu solus sanctus, chantée par la basse Luca Tittolo au riche timbre mais au vibrato un peu prononcé. Les trompettes naturelles, et notamment le soliste Thibaut Robinne, réunissent les qualités complémentaires nécessaires de finesse et d’éclat. Enfin, l’ensemble des cordes et le continuo jouent pleinement leur rôle essentiel de soutien actif.
Tout ceci se déroule dans une rigueur rythmique qui n’exclut pas la souplesse. Marc Minkowski donne à sa démarche toute la cohérence musicale et spirituelle que réclame un tel chef-d’œuvre. Une parfaite synthèse entre ferveur et austérité.

Serge Chauzy

 

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Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 

Programme du concert du 21 avril 2011 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* J. S. Bach

- Messe en si mineur, BWV 232

 

 

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