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Concerts/ Grands Interprètes / Orchestre National de France
Kurt Masur, direction, Denis Matsuev, piano - 25/06/2011
     
 

CRITIQUE

Feu sacré

Le jeune et bouillant pianiste russe Denis Matsuev était associé au sage vétéran de la direction d’orchestre, Kurt Masur, lors du dernier concert de la saison des Grands Interprètes, samedi 25 juin dernier. Au cours de cette étonnante soirée qui rendait hommage à Prokofiev et Beethoven, le feu sacré n’a pas manqué d’embraser une Halle aux Grains fascinée par les deux artistes comme par l’admirable prestation de l’Orchestre National de France.


Kurt Masur, dirigeant l'Orchestre National de France, et le pianiste russe Denis Matsuev
(Photo Classictoulouse)

Le concerto n° 1 de l’enfant terrible de la musique russe du 20ème siècle, qui occupe le cœur du concert, réunit, à l’aube d’une carrière fulgurante, les caractéristiques essentielles du créateur : lyrisme et ivresse rythmique. Dès les premières mesures de l’Allegro brioso (quel titre provoquant !) Prokofiev déverse immédiatement son énergie débordante. Denis Matsuev, en solide athlète du piano qu’il est, prend immédiatement la mesure de l’enjeu. Son toucher implacable met le feu à la partition. Il franchit avec panache toutes les difficultés techniques accumulées par le compositeur, lui-même grand virtuose du clavier. Les accents marquent un rythme motorique qui prend l’auditeur à la gorge. L’orchestre n’est pas en reste qui souffle ardemment sur les braises. Les deux interprètes, parfaitement accordés sur la lettre comme sur l’esprit, mènent fermement l’œuvre au travers de ses sautes d’humeur. Le jeu de Denis Matsuev fait patte de velours lors des subtils moments de poésie onirique, tissant de délicates dentelles habilement soutenues par une orchestration transparente. Ces quelques moments de recueillements, qui adoucissent le propos, ne tardent jamais à relancer l’incroyable course effrénée. Le final explose littéralement comme un feu d’artifice. La puissance sonore du pianiste, qui pourtant ne devient jamais massive ni pesante, y atteint des sommets insoupçonnés. L’enthousiasme du public ne se satisfait pas d’un seul bis du pianiste. A l’ironique et provocante « Humoresque » de Rodion Chedrine succède une ébouriffante transcription pour piano de « Dans le hall du Roi des Montagnes » extrait du Peer Gynt de Grieg. Une bonne goulée d’adrénaline vient encore alimenter cette pièce délirante.


Kurt Masur à la tête de l'Orchestre National de France, le 25 juin 2011 à la Halle aux Grains de Toulouse (Photo Classictoulouse)

Auparavant, l’Orchestre National en belle forme avait ciselé cette autre partition de jeunesse de Prokofiev, sa première symphonie dite "Classique". Dirigée sagement par Kurt Masur qui adopte ici des tempi retenus, cette partition, un rien pastiche des symphonies de Haydn ou de Mozart, brille par sa lumière et la transparence de son orchestration. Avec une sage économie de geste, le grand chef allemand souligne le rêve et la poésie du Larghetto et la vivacité alerte du Finale.
Tout autre se révèle l’interprétation de la célébrissime 5ème symphonie de Beethoven qui occupe toute la seconde partie du concert. Le souffle est là, l’ardeur tragique, l’esprit révolutionnaire, dès le pom-pom-pom-pom initial. Soutenant implacablement la tension du discours, le vieux chef entraîne ses musiciens dans une célébration de la grandeur. Il sait comme personne ménager les moments de magie imaginés par le génie de Beethoven. Il en est ainsi du sublime solo de hautbois qui interrompt un instant la course de l’Allegro con brio initial. On retient son souffle dans le véritable suspens hypnotique de la transition entre le 3ème mouvement et le final. Kurt Masur y ménage un irrésistible crescendo dont il retarde intelligemment l’apothéose. Du très grand art, aboutissement d’une familiarité de toute une vie avec l’œuvre emblématique.
Le triomphe qui est réservé au chef s’étend bien sûr à tous les musiciens de l’orchestre qui déploient leurs plus évidentes qualités pour celui qu’ils respectent et vénèrent.
Dans une confidence à la fin du concert, Kurt Masur confie à son entourage son bonheur d’être venu une nouvelle fois à Toulouse : « Une ville si spéciale et si belle et qui, à l’évidence, possède un cœur. Nous avons senti ce soir toute l’attente du public qui nous a poussés à donner le meilleur de nous-mêmes ! » Un bel hommage de la part d’une telle personnalité…

Serge Chauzy

 

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Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 

Programme du concert du 25 juin 2011 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* S. Prokofiev
- Symphonie n° 1 en ré majeur, dite "Classique", opus 25
- Concerto pour piano et orchestre n°1, en ré bémol majeur, opus 10

* L. van Beethoven
- Symphonie n°5 en ut mineur, opus 67

 

 

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