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Concerts/
Grands Interprètes /
R. Capuçon, N. Angelich, D. Müller-Schott
16/11/2010
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CRITIQUE
Ferveur complice
Trois grands artistes jouant trois trios parmi les plus significatifs de toute la musique de chambre offraient au public des Grands Interprètes le beau témoignage de leurs talents conjugués, le 16 novembre dernier à la Halle aux Grains de Toulouse. Le violoniste Renaud Capuçon, le pianiste Nicholas Angelich et le violoncelliste Daniel Müller-Schott illustraient ainsi l’évolution de cette association instrumentale très particulière.
Hérité de la sonate baroque pour violon et basse-continue, le trio pour piano et cordes tel que Haydn le pratique réserve encore au violoncelle le rôle secondaire d’accompagnateur qui était celui de la viole de gambe. Chez Schumann et Tchaïkovski, le baryton des instruments à cordes prend sa revanche et hausse largement son propos au niveau de ses deux collègues. La succession de ces trois compositeurs, au programme du concert, illustre joliment cette évolution résolue. Une touchante complicité musicale nourrit le propos des trois interprètes de cette soirée, ici au sommet de leur art. L’intense sonorité et la densité solaire de Renaud Capuçon trouvent en Nicholas Angelich le pianiste précis, imaginatif, impliqué que l'on sait, et chez Daniel Müller-Schott, un raffinement et une musicalité admirables. |

Le violoniste Renaud Capuçon, le pianiste Nicholas Angelich et le violoncelliste Daniel Müller-Schott réunis à la Halle-aux-Grains de Toulouse
(Photo Classictoulouse) |
De Joseph Haydn, ces trois compères choisissent de défendre la partition hors du commun du trio n° 39, Hob. XV/25. Rendu célèbre par son final « Alla Ungarese », il adopte une coupe inhabituelle en deux mouvements lents précédant le final Presto. Les musiciens soulignent la légèreté du phrasé, sa fluidité. L’Andante lumineux, le Poco Adagio chantant comme un lied précèdent le fameux final aux accents tziganes. La danse est au cœur du propos, une danse qui donne des fourmis dans les jambes ! La petite panne de piano (un marteau devenu réticent !) qui interrompt un moment le déroulement de l’œuvre ne grève en rien la ferveur de l’exécution.
Le premier trio op. 63, le plus abouti des trois que Robert Schumann laisse à la postérité, chef-d’œuvre sombre et passionné, porte l’empreinte du romantisme le plus délibéré. Les interprètes ménagent habilement la progression expressive du premier volet « Mit Energie und Leidenschaft » (Avec énergie et passion). La course haletante de la deuxième partie précède la méditation teintée de désespoir du « Langsam, mit inniger Empfindung » (Lentement avec recueillement) qui sombre dans un noir silence. Le contraste avec le final, « Mit Feuer » (Avec feu), qui s’enchaîne est saisissant. S’ouvrant comme une aube naissante, il nous conduit vers une coda effervescente, irrésistible montée d’adrénaline admirablement suscitée par les interprètes.
Tchaïkovski et son incomparable trio en la mineur « A la mémoire d’un grand artiste », composé en hommage à Nicolas Rubinstein, occupe toute la seconde partie du concert. Les musiciens s’investissent dans cette entreprise comme si leur vie en dépendait. Jouant le jeu du concerto pour piano en réduction, Nicholas Angelich éblouit par l’assurance de sa virtuosité au service de l’expression. Renaud Capuçon et Daniel Müller-Schott impressionnent, donnant ainsi l’illusion de l’orchestre. Entre drame et dépression, le « Pezzo elegiaco » sonne comme une émouvante déploration. Dans l’étonnant « Tema con variazioni », les trois musiciens soulignent avec passion les contrastes d’atmosphère que Tchaïkovski introduit entre les épisodes, les souvenirs ou les émotions que les variations successives illustrent. Le piano joue ici le rôle prépondérant. De la légèreté de la variation V, imitation touchante d’une frêle boîte à musique, à la mazurka digne de Chopin, Nicholas Angelich y manifeste une ardeur et une subtilité digne du grand soliste de concerto qu’il est. La poignante marche funèbre qui referme cet hommage porte à son comble l’émotion véhiculée par une telle pièce.
De la vraie musique de chambre pour le plus grand nombre !
Serge Chauzy |
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infos |
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Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000
Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00. |
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Programme du concert du 16 novembre 2010 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse
* J. Haydn
- Trio n°39, Hob.XV/25, “Alla Ungarese”
* R. Schumann
-
Trio n°1, opus 63
* P. I. Tchaïkovski
-
Trio en la mineur,
“A la mémoire d’un grand artiste” opus 50
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