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Concerts/ Grands Interprètes / Valery Gergiev - 18 et 19/01/2010
     

CRITIQUE

Tchaïkovski à la source

Quitte à enfoncer une porte ouverte, constatons une fois de plus à quel point l’Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg et son chef charismatique Valery Gergiev s’identifient avec la musique russe qu’ils investissent avec passion. Toute une culture s’exprime à travers un jeu, une sonorité, un sens des phrasés, une sincérité directe, un mysticisme fataliste. Les 18 et 19 janvier, cette splendide phalange présentait à Toulouse, dans le cadre de la saison de Grands Interprètes, un mini-festival Tchaïkovski, soit quatre symphonies appartenant aux deux périodes de création du « plus russe des compositeurs », si l’on en croit Stravinski.


L'Orchestre du Théâtre Mariinsky, sous la direction de Valery Gergiev à
la Halle-aux-Grains de Toulouse (Photo Classictoulouse)

La première et la quatrième symphonies occupent la soirée du 18, alors que la troisième et la sixième clôturent ce séjour, le 19 janvier. Dans ce répertoire, qui semble couler dans ses veines, l’Orchestre du Théâtre Mariinsky déploie à tout instant sa transparence, sa précision, sa caractérisation poussée de chaque pupitre aux timbres bien différenciés produisant ainsi une sonorité globale comme « en relief ». Cet outil de luxe répond avec une étonnante réactivité à chaque indication de son chef, Valery Gergiev, toujours aussi tendu, comme habité par un esprit supérieur.
Avec son opus 13, Tchaïkovski aborde le monde de la symphonie. Sa signature s’identifie dès les premières mesures de ces « Rêves d’hiver » assez rarement offerts en concert. Sous l’impulsion de Gergiev, l’Allegro tranquillo frémit d’une fébrilité presque maladive, alors que la nostalgie dépressive qui imprègnera les dernières compositions se manifeste déjà dans l’Adagio. Après la relative détente du Scherzo, Valery Gergiev charge l’étrange final d’inquiétants silences qu’une fugue échevelée tente de combler.
Si la 3ème symphonie, qui ouvre le concert du 19 janvier, reste la moins souvent programmée, il y a peut-être une raison. Tchaïkovski n’est pas doué pour le bonheur. Sa dernière tentative orchestrale « heureuse » avant la dramatique série des ultimes opus tourne un peu à vide et manque cruellement d’inspiration. Quelques beaux élans de l’Andante ou du final ne compensent pas les interminables répétitions du deuxième mouvement. Le soin apporté à l’exécution n’y peut mais...


Valery Gergiev et les musiciens de son orchestre du Théâtre Mariinsky
(Photo Classictoulouse)

La 4ème symphonie ouvre le fameux triptyque final du « fatum », caractérisé par ce compositeur comme « cette force funeste qui entrave la réalisation de notre aspiration au bonheur ». L’impressionnante fanfare initiale lève toute ambigüité sur le caractère tragique de l’œuvre. Le tempo très retenu, presque hésitant, des mesures qui suivent débouche sur les flamboyantes fulgurances du Moderato con anima. Après la nostalgie automnale de l’Andantino, bercée par un splendide solo de hautbois, le Scherzo tout en pizzicato des cordes, coule comme du vif argent. La tornade finale de l’Allegro con fuoco porte bien son nom. Valery Gergiev et ses musiciens mettent véritablement le feu, dans un tourbillon qui veut s’étourdir lui-même. Eblouissant ! La « Polonaise » de l’opéra Eugène Onéguine offerte en bis à l’enthousiasme du public complète le programme du premier concert.
L’ultime sursaut de la géniale symphonie « Pathétique », qui conclut la seconde soirée, est ici imprégné d'une volonté de désespérance. Le choix des tempi, les contrastes accusés entre mouvements, comme entre motifs d’une même section, œuvrent dans ce sens-là. Toute la symphonie résonne comme un combat contre la destinée. Une sorte de noirceur rutilante s’accompagne d’un discours très animé, fouillé dans le détail. Le tempo haletant de l’Allegro molto vivace du 3ème mouvement (hélas conclu par quelques applaudissements égarés !) conduit à un final convulsif, hagard, sinistre qui glisse insensiblement vers un silence oppressant, celui de la mort qui frappe le compositeur quelques jours après la création de l’œuvre. En totale osmose avec cette vision tragique, le public de la Halle-aux-Grains prolonge ce silence d’un véritable recueillement qui en dit long sur l’impact d’une telle interprétation. Acclamés avec ferveur, Valery Gergiev et l’ensemble des musiciens se retirent sans céder à la demande de bis. Et ce n’est que justice. Les dernières mesures de la « Pathétique » constituent à cet égard une conclusion définitive après laquelle tout propos serait vain.

Serge Chauzy

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 

Programme des concerts des 18 et 19 janvier 2010 à 20 h à la Halle-aux-Grains de Toulouse :

18 janvier -

* P. I. Tchaïkovski

- Symphonie n°1 en sol mineur opus 13, “Rêves d’hiver”
- Symphonie n°4, en fa mineur, opus 36


19 janvier -

* P. I. Tchaïkovski

- Symphonie n°3, en ré majeur opus 29
- Symphonie n°6, en si mineur opus 74, “Pathétique”


 
 
 

 

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