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Concerts/ Grands Interprètes / Myung-Whun Chung, Orchestre Philharmonique de Radio-France - 12/12/2009
     

CRITIQUE

Sublimement inachevées !

Quelle belle initiative que de rapprocher, au programme d’un même concert, deux des symphonies « inachevées » les plus emblématiques de la musique romantique. Inachevées mais certes pas inabouties. L’histoire a légitimement rendu le plus positif des verdicts à l’égard de la 8ème symphonie de Schubert comme à celui de la 9ème de Bruckner.

Leur succession, au cours de ce très beau concert des Grands Interprètes du 12 décembre dernier à la Halle-aux-Grains de Toulouse, souligne en outre la filiation qui relie Schubert et Bruckner. L’instituteur organiste de Saint-Florian hérite du tendre Schubert l’organisation du temps, le sens de la méditation et du sacré. En outre les choix interprétatifs de Myung-Whun Chung à la tête du Philharmonique de Radio-France rapprochent encore les deux symphonies qui semblent ainsi décrire un peu le même paysage.


Myung-Whun Chung en répétition à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France
(Photo Jean-François Leclercq)

Est-ce donc pour préparer les auditeurs à l’écoute de la monumentale 9ème de Bruckner que Myung-Whun Chung choisit pour la 8ème de Schubert un effectif orchestral et un tempo largement brucknériens ? Pensez donc, huit contrebasses et un quatuor à cordes pléthorique constituent un luxe que l’on pourrait craindre superfétatoire pour la tendresse nostalgique d’une telle œuvre. Pourtant l’ampleur des tempi adoptés, le sens des progressions dramatiques, le choix des phrasés, la « mise en scène » de la dynamique, l’emploi du fameux « accent viennois » (l’accent après la note), cher au grand Bruno Walter, confèrent un caractère d’évidence à cette conception, finalement religieuse et sacrée. Comment en effet ne pas être sensible à ce battement de cœur du motif principal de l’allegro moderato ?
Les premières mesures de l’ultime cathédrale brucknérienne semblent sortir de terre et élever peu à peu leur prière vers un ciel de gloire. Le mysticisme du compositeur entraîne alors l’auditeur hors du temps et de l’espace, dans un voyage sans fin auquel l’inachèvement de l’œuvre confère un mystère supplémentaire. La direction de Myung-Whun Chung ne cherche pas à « germaniser » artificiellement la texture sonore du Philharmonique de Radio-France. Les timbres, surtout ceux des bois, restent très français par leur fruité et leur clarté. Rien de massif dans les grandes déclamations qui, par contre, enflamment tous les pupitres, mais toujours dans la transparence. Les neuf cors (qui incluent les fameux « tuben » wagnériens à l’émission d’une angélique douceur) se taillent la part du lion. La vivacité du scherzo prend ici un relief tout particulier, notamment grâce aux échanges joliment tonitruants des cuivres. Et puis enfin, quelle émotion dans l’énoncé du thème initial de l’adagio final, comme directement issu de ce Parsifal de Wagner que Bruckner vénérait tant. Le final glisse alors insensiblement vers le silence d’un ineffable infini. « Serait-ce déjà la mort » ?...

Serge Chauzy

 

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Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Programme du concert du 12 décembre à 20 h à la Halle-aux-Grains de Toulouse :

* F. Schubert

- Symphonie n° 8 "Inachevée"

* A. Bruckner
- Symphonie n° 9

 

 

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