Dès les premiers coups d’archet du grand violoniste russe, on retrouve avec délice l’ample sonorité de velours de ce colosse qui sait si bien adopter le ton de la confidence. Soutenu par le jeu nerveux et précis du pianiste israélien, le duo aborde son concert avec la très originale Sonate en sol mineur de Claude Debussy. La grande mobilité expressive de cette œuvre tardive fournit aux interprètes un terrain de prédilection. Vigueur et lyrisme se succèdent avec une légèreté, un sens admirable de l’instant, de l’immédiat, mais aussi de la couleur.
Le Divertimento pour violon et piano, que Stravinski compose à partir de sa partition orchestrale du « Baiser de la fée », résonne ensuite comme une mosaïque colorée où cohabitent le jeu, l’humour et la virtuosité instrumentale. Vadim Repin souligne habilement les citations « chorégraphique » de l’andante initial, les allusions au tango. Dans le « Pas de deux » final, les interprètes, promus au rang d’acteurs de théâtre, se renvoient la balle en un jeu de ping-pong réjouissant.
Toute la seconde partie du concert, consacrée à la sublime sonate « à Kreutzer », de Beethoven, se hisse sur des sommets d’intensité musicale. Le suspense de l’introduction « a capella » du violon, les proclamations péremptoires du piano qui suivent donnent le ton, la force inextinguible de cette partition d’une rare intensité. Après la relative détente de l’andante à variations, le final emporte l’auditeur dans une irrésistible course-poursuite. Son rayonnement, son dynamisme bénéficient des différences de jeu des deux interprètes, le staccato vivifiant du pianiste épiçant le légato royal du violoniste.
Deux bis signés Tchaïkovski (Valse scherzo) et Chostakovitch complètent le concert pour le bonheur d’un public enthousiaste.
Serge Chauzy