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Concerts/ Grands Interprètes / Evgeni Kissin (22/01/09)
     

CRITIQUE

Evgeni Kissin, l’absolue maîtrise

Même s’il a conservé cette allure d’adolescent un peu raide qui était la sienne lors de ses débuts d’enfant prodige, Evgeni Kissin est devenu un véritable maître du clavier. Invité de la saison des Grands Interprètes, il était à Toulouse, le 22 janvier dernier pour un brillant récital consacré à Prokofiev et Chopin.


Le pianiste russe Evgeni Kissin (photo Sheila Rock)

Il est difficile d’imaginer deux compositeurs plus différents que ces deux grands créateurs, pianistes eux-mêmes. Bien qu’il en explore les caractéristiques de manière bien spécifique, Evgeni Kissin ne se départit jamais de cette rigueur d’exécution, de ce parfait contrôle du son, du travail approfondi qu’il mène sur la matière, de sa recherche perfectionniste du bon toucher, de la nuance juste. Au bon sens du terme, le pianiste russe est un cérébral. Et quelle technique éblouissante ! Une technique qu’il place au service de chaque pièce ciselée comme un diamant.
La première partie de son récital, consacrée à Sergei Prokofiev, met en avant le piano percussif de l’interprète. Mécanique implacable et pourtant poétique, le clavier de Kissin devient orchestre dans ces trois extraits du ballet Roméo et Juliette, transcrits par Prokofiev lui-même pour le piano. La flûte, le basson émergent miraculeusement des grappes de notes.
La vaste sonate n° 8, la dernière de la série des Sonates de guerre, agit sur la durée. Evgeni Kissin aborde la complexité du premier mouvement dans une tension soutenue qui ne se relâche un peu que dans le deuxième volet pour exploser dans l’hallucinant final.
S’ouvrant sur la rare Polonaise-Fantaisie op. 61, la seconde partie consacrée à Chopin affiche l’élégance des phrasés sans complaisance de l’interprétation. Aussi bien dans la dignité des trois Mazurkas que dans l’effervescence des huit Etudes qui suivent, Evgeni Kissin reste proche de la partition, sans rajouter le moindre pathos. Néanmoins, la nostalgie, l’espoir, la rage, comme dans cette éblouissante « Etude Révolutionnaire » (n° 12 de l’op. 10), jaillissent d’un clavier que l’interprète porte à incandescence.
Deux bis somptueux prolongent la dualité du concert. De Chopin, Evgeni Kissin offre tout d’abord un Nocturne d’une poésie éthérée. Il conclut finalement sur la folie ébouriffante de la « Suggestion diabolique » de Prokofiev qu’il délivre comme un volcan projette sa coulée de lave.

Serge Chauzy

 

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Renseignements et locations pour les prochains concerts :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
 

Programme du concert

* S. Prokofiev

- Roméo et Juliette op. 75
Trois extraits
- Sonate n° 8 en si bémol
majeur op. 84

* F. Chopin
-
Polonaise-fantaisie en la
bémol majeur op. 61
- Trois Mazurkas
- Etudes op. 10 n° 1, 2, 3,
4, 12
- Etudes op. 25 n° 5, 6, 11

 
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