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Concerts/ Grands Interprètes / Leif Ove Andsnes - 22/04/09
     

CRITIQUE

Le piano poète

Le talent du Norvégien Leif Ove Andsnes ne cesse de s’affirmer. Présent à la Halle-aux-Grains de Toulouse, le 22 avril dernier, il offrait au public de la saison des Grands Interprètes un récital composé comme un voyage à travers l’histoire de la musique occidentale, de Bach à Debussy.

Le jeu de Leif Ove Andsnes ne laisse rien au hasard. Pianiste intellectuel, au meilleur sens du terme, le jeune artiste puise dans son imagination et sa sensibilité pour faire de chacune de ses interprétations une « œuvre » cohérente, construite, et avant tout poétique. Son toucher de velours peut déchaîner de brèves tempêtes qui jamais n’éclatent de pure virtuosité. La perfection technique qui est la sienne se met toujours humblement au service de la musicalité, au service de la partition.


Le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes

Johann Sebastian Bach ouvre la soirée sur sa Toccata en mi mineur BWV 914 qui prend des allures de fantaisie. Le piano d’Andsnes se fait successivement orgue, clavecin, voix humaine. Grâce au parfait dosage des deux mains, la transparence dont il pare chaque registre éclaire l’architecture complexe de la pièce. Le soin qu’il apporte à chaque détail s’inscrit néanmoins très bien dans la ligne générale.
Les deux sonates de l’opus 27, la n° 13 "Quasi una fantasia" et la n° 14 "Clair de lune", de Beethoven prolongent cette impression de fantaisie non formelle. L’interprète construit avec intelligence et sensibilité l’alternance des sentiments extrêmes qui animent la première des deux. Son jeu marie harmonieusement rigueur et apparente improvisation. Le ton de la confidence intime nourrit toute l’exécution de la célébrissime "Clair de lune", comme murmurée pour soi-même. L’impressionnant final chevauche comme une course à l’abîme.
Dans la succession des petites formes qui composent les Kinderszenen (Scènes d’enfants) de Schumann, Leif Ove Andsnes se réfugie dans l’intimité la plus profonde des sentiments. Il parvient à lier les très courtes évocations de la plus poétique façon. Le rêve, l’attente, l’excitation, la gaieté, la tristesse nourrissent ces évocations fugitives, jamais pesantes, plus suggérées que décrites. Et le poids des silences leur confère comme un arrière-plan tragique qu’il est rare d’observer dans ce cycle.
Trois pièces de Chopin complètent ce programme : la très élégante Valse op. 70 n° 3 et la "Valse brillante" op. 42 qui s’écoute dans la finesse, complétées par la belle méditation de la troisième Ballade en la bémol majeur. Cet épisode Chopin bénéficie d’un jeu clair, direct, vrai, sans affectation aucune. Ici aussi l’interprète ramène les œuvres à leur intimisme originel.
Généreusement accordés, trois bis signés Debussy dévoilent un autre pan du talent du pianiste. "La sérénade interrompue", extraite du livre I des Préludes, "Ondine" et "Bruyères", du livre II des mêmes Préludes, coulent entre les doigts de l’interprète comme un ruisseau sous les branches. Poésie liquide, inspirée, d’une suprême beauté.

Serge Chauzy

 

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Renseignements et locations pour les prochains concerts :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
 

Programme du concert

* J. S. Bach
- Toccata en mi mineur BWV 914

* L. V. Beethoven
- Sonate n°13, en mi bémol majeur, « Quasi una fantasia », op. 27 n°1
- Sonate n°14, en ut dièse mineur, « Clair de lune », op. 27 n°2

* R. Schumann
- Scènes d’enfants, op. 15

* F. Chopin
- Valses, en ré bémol majeur, op. 70 n°3 et op. 42
- Ballade, n° 3 op. 47


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