CRITIQUE
Comme des poissons dans l’eau
Le 23 octobre dernier avait lieu, dans l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le concert d’ouverture de la 7ème saison de musique de chambre des musiciens de l’Orchestre du Capitole. Une occasion de plus d’admirer le haut niveau individuel de chaque artiste, certes, mais surtout de constater à quel point le travail d’orchestre renforce encore la cohésion, le jeu collectif de ceux qui se consacrent avec passion à la musique de chambre.
Tout au long des deux grandes œuvres au programme, la précision des attaques, l’équilibre sonore, l’accord des phrasés, bref la fusion formelle des interprètes reste admirable. Et le choix de ces œuvres montre à quel point ces musiciens fuient la facilité.
Aussi bien dans le fameux quintette (avec piano et contrebasse) d’après le lied « La Truite », de Franz Schubert, que dans le quintette avec piano de César Franck, un investissement personnel sans faille de chacun s’avère indispensable.
La partition de Schubert coule avec un naturel et une tendresse que les interprètes prennent à leur compte, aussi à l’aise que des poissons dans l’eau. Mary Randles, violon, Domingo Mujica, alto, Benoît Chapeaux, violoncelle et Damien-Loup Vergne, contrebasse, composent ce quatuor étrangement sombre souhaité par le compositeur. La pianiste Elisabeth Matak déploie, à leur côté, un jeu d’une splendide fluidité. Celle du ruisseau évoqué dans le lied d’origine. Quel riche toucher, toujours présent, jamais envahissant !
Pour le quintette avec piano de Franck, le quatuor à cordes retrouve sa composition traditionnelle, avec l’entrée en scène d’Olivier Amiel, violon, et le départ de Damien-Loup Vergne. C’est un tout autre paysage qu’illustre cette œuvre enflammée. A la fois tourmentée, dramatique et lyrique, elle réclame des interprètes un engagement affectif sans faille. Ses résonances quasiment orchestrales ne pouvaient échapper aux interprètes spécialistes de la fameuse symphonie en ré mineur du même César Franck. Enfin, l’association piano-quatuor à cordes fonctionne avec rigueur et passion. Admirable exécution d’une œuvre forte.
Un ragtime décontracté et serein de Scott Joplin rassemble opportunément, pour un bis final, tous les interprètes de la soirée qui recueillent le franc succès qu’ils méritent.
Serge Chauzy