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Concerts/ Les Clefs de Saint-Pierre / Folk Songs - 13 mars 2017
     

CRITIQUE

Les chants de la Terre

L’imagination est à l’œuvre ! Une fois encore, les Clefs de Saint-Pierre innovent et inventent. Le programme du concert du 13 mars dernier réunissait, sous le titre générique Nos Folk Songs un florilège de pièces originales ou transcrites visant à illustrer les spécificités musicales des patrimoines nationaux. De Bartók à Berio, la richesse des cultures du monde est sans limites… Huit musiciens de l’Orchestre national du Capitole et la mezzo-soprano Catherine Alcoverro, issue du Chœur du Capitole, révèlent ce soir-là un répertoire rare et fécond.

Le grand voyage européen débute avec les fameuses Danses populaires roumaines que Béla Bartók alla recueillir sur le territoire-même de leur transmission orale. Ces six courtes œuvres, composées initialement  pour le piano connaissent de multiples adaptations. Elles sont ici présentées dans l’arrangement de Christopher Waltham, par ailleurs violoncelliste de la formation symphonique toulousaine. Chacun des huit musiciens qui participent à cette exécution occupe à un moment ou à un autre le devant de la scène. Ainsi la « Danse du bâton » met en évidence la clarinette dans un style qui évoque irrésistiblement la musique « klezmer ». La flûte se distingue dans « Sur place », la tendresse de l’alto dans la « Danse de Bucsum », alors que la harpe structure joliment l’ensemble.


O Les musiciens du concert du 13 mars 2017. De gauche à droite, au premier plan :
Sylvie Viviès, violon, Juliette Gil, alto, Gaël Seydoux, violoncelle, Gaëlle Thouvenin, harpe, Florence Fourcassié, flûte et Emilie Pinel, clarinette ; au second plan, Thibault Buchaillet et Aurélien Hadinyak, percussions - Photo Classictouloouse -

C’est encore la harpe qui joue un rôle essentiel dans la transcription de l’accompagnement opérée par Sylvain Blassel (harpiste de son état) des Cinq mélodies populaires grecques de Maurice Ravel. Le timbre coloré de Catherine Alcoverro, sa belle diction confèrent à ce cycle original son relief et la variété de ses expressions, de la joie de la « Chanson de la mariée » ou de « Tout gai ! » au recueillement de « Là-bas vers l’église » ou encore à l’émotion qui émane de la « Chanson des cueilleuses de lentisques ».
Les interprètes eux-mêmes se sont chargés de l’arrangement instrumental de six des Siete canciones populares españolas de Manuel de Falla. La harpe et deux percussions (essentiellement les marimbas) confèrent à cet accompagnement une saveur très particulière. De la douceur à l’éclat, la soliste s’investit avec conviction dans la grande diversité des styles de ces chants si fortement typés. Ici aussi la harpe joue un rôle essentiel, à l’égal du piano original, notamment dans « Asturiana » et la douce berceuse « Nana ».
La seconde partie de cette soirée s’ouvre sur une création. Celle d’un jeune compositeur dont il faut absolument noter le nom. Adrien Trybucki, né en 1993, qui a étudié au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, n’en est pas à son coup d’essai. Déjà auteur de plus d’une vingtaine d’opus, il a collaboré avec de nombreux interprètes et ensembles, notamment l’Ensemble Intercontemporain. Sa pièce, intitulée Processó (Procession), est écrite pour flûte, clarinette, harpe et deux percussions. Une pulsation, comme obsessionnelle, fascine immédiatement. Le rythme soutient, accompagne un séduisant développement pointilliste de la couleur instrumentale. De subtils micro-événements viennent baliser la progression de cette œuvre attachante. Une tension constante habite tout son déroulement que vient conclure un impressionnant crescendo-decrescendo. En quelques minutes, un style authentique s’impose. Souhaitons un beau parcours à ce jeune talent.



La formation instrumentale de Processó, du jeune compositeur Adrien Tribucky

La pièce intitulée Bukoliki (Bucolique), de Witold Lutoslawski existe dans plusieurs versions. Ses cinq très courts mouvements sont ici présentés dans leur instrumentation pour alto et violoncelle. Ce brillant compositeur et chef d’orchestre polonais, disparu en 1994, manie ici avec subtilité un lyrisme touchant que vient épicer une belle écriture modale. Les interprètes en exaltent toute la richesse expressive.
Et c’est enfin l’œuvre qui a motivé tout ce programme, les Folk Songs du prodigieux compositeur italien Luciano Berio. Ce cycle original en onze étapes contient des arrangements de musique populaire de plusieurs pays ainsi que d'autres chansons, formant « un tribut à l'extraordinaire sens artistique » de la chanteuse américaine Cathy Berberian, spécialiste de la musique de Berio et qui fut la compagne du compositeur. Créée en 1964, à Oakland (Californie), par Cathy Berberian elle-même et le Juilliard Ensemble, la partition est écrite pour voix, flûte (et piccolo), clarinette, harpe, alto, violoncelle et percussion (deux instrumentistes). Les affects les plus divers s’y expriment dans un mélange étonnant, détonnant même, de tendresse, d’humour, de détachement et d’implication. Un grand bravo à Catherine Alcoverro qui s’investit totalement dans cette succession d’atmosphères si diverses, si contrastées. Parmi les étapes colorées de ce grand voyage, on admire notamment la tendre nostalgie de « I wonder as I wander », la touchante simplicité de « Rossignolet du bois », l’accent si populaire de « A la femminisca », l’éclat vigoureux de « Ballo » ou encore le brûlant « Chant d’amour d’Azerbaïdjan ».



La mezzo-soprano Catherine Alcoverro et les musiciens des Folks Songs de Luciano Berio
- Photo Classictoulouse -

Remercions la participation engagée de chaque musicien qu’il convient ici de nommer : Sylvie Viviès, violon et présentation, Juliette Gil, alto, Gaël Sédoux, violoncelle, Florence Fourcassié, flûte, Emilie Pinel, clarinette et également présentation, Thibault Buchaillet et Aurélien Hadinyak, percussions, ce dernier ayant eu la tâche ardue de remplacer au dernier moment Emilien Prodhomme qu’un accident regrettable a empêché de participer à ce programme qu’il avait pourtant activement contribué à monter. Et puis un grand bravo doit être adressé à la harpiste Gaëlle Thouvenin dont l’implication, la musicalité et l’ardeur constituent un fil rouge de cette soirée.
Comme le souligne, au cours de la soirée, Raphaël Oleg, le Président de l’association Les Clefs de Saint-Pierre, réjouissons-nous de la fidélité et de la curiosité d’un public qui ne craint ni la nouveauté ni l’audace musicale dont les musiciens font preuve dans de telles initiatives. Rendez-vous est pris pour de nouvelles aventures.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le14 mars 1017

 

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Renseignements détaillés et réservations au :


06 63 36 02 86.

Email : internotes.toulouse@
gmail.com

Internet :
http://lesclefsdesaintpierre
.org/

 

Programme du concert donné le 13 mars 2017 à 20 h à l'auditorium Saint-Pierre des Cuisines

* B. Bartók
- Danses roumaines (arrangement de
C. Waltham)

* M. de Falla
- Siete canciones populares españolas

* M. Ravel
- Cinq mélodies populaires grecques
(arrangement de
S. Blassel)

* A. Trybucki
- Processó

* W. Lutoslawsky

- Bukoliki

* L. Berio
- Folk songs

 

 

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