Pour cette soirée musicale, Olivier Amiel et David Benetah, violons, Maïlyss Caïn, alto, Thomas Dazan, violoncelle, Arnaud Bonnetot et Thibault Hoquet, cors, tous membres de l’Orchestre national du Capitole, seront les interprètes d’un seul compositeur, Ludwig van Beethoven. Trois œuvres sont inscrites au programme : le Duo des lunettes pour alto et violoncelle, le Quatuor à cordes op. 18 n° 1 et le Sextuor pour deux cors et cordes. Ces trois œuvres, toutes écrites entre 1795 et 1800, font apparaître les influences dont le jeune Beethoven cherchera progressivement à se dégager.
Le Sextuor pour 2 cors et quatuor à cordes, écho encore proche du quintette avec cor et du quatuor « La Chasse » de Mozart, rappelle le goût des classiques viennois pour les instruments à vents. Danzi, Reicha et Krommer prolongeront ce goût. Beethoven, quant à lui, préfèrera incruster le timbre des cors, clarinettes, hautbois et autres vents dans ses compositions symphoniques, les traitant désormais en personnages principaux. Dans sa musique de chambre, il s'en détournera définitivement au profit des cordes et du piano, amorçant ainsi la nouvelle redistribution des rôles de l'instrumentarium romantique. Pour preuve, c'est dans le quatuor op. 18 n° 1, le tout premier de la géniale série des seize opus, que l'on trouve déjà en plusieurs endroits ce que le génie bientôt sourd aura, dans sa maturité, à apporter et à bouleverser dans ce genre qui n'a plus jamais cessé depuis d'être expérimental.
Quant au duo pour alto et violoncelle au titre étrange, digne d’un Erik Satie, « Mit zwei obligaten Augengläsern » (Avec deux paires de lunettes obligées), il a été écrit pendant l’automne 1796. Ce gag musical est destiné à son ami Nikolaus Zmeskall en référence au fait que les deux interprètes (Beethoven jouant lui-même de l’alto) avaient vraiment besoin de lunettes pour jouer ce duo !
Serge Chauzy |