www.classicToulouse.com
ARCHIVES
 
 

 

Concerts/ Les Clefs de Saint-Pierre / Invoquer Pan, dieu du vent de l'été
4 avril 2011
     
CRITIQUE

Le printemps des musiques

Surprises et découvertes étaient au rendez-vous du passionnant concert des Clefs de Saint-Pierre, le 4 avril dernier. Les musiques françaises du début du 20ème siècle, leur vitalité, leur invention, leur originalité nourrissent ce programme inédit porté par un ensemble instrumental hors du commun, puisqu’il rassemble deux flûtes, deux harpes, un piano et un célesta. La transcription joue ici un rôle de stimulant, comme rénovateur des habitudes d’écoute. Les musiciens de l’Orchestre national du Capitole s’y investissent avec cœur et talent.

Claude de France, autrement dit Debussy, constitue le fil rouge de ce voyage poétique. Trois pièces du fameux recueil « Children’s Corner » (Coin des enfants) ouvrent la soirée dans un arrangement subtil de G. Lambert pour flûte et harpe. La flûtiste Cécile Robilliard et la harpiste Gaëlle Thouvenin détaillent avec finesse et esprit Doctor Gradus ad Parnassum, The little Shepherd et le trépidant Golliwog’s Cake-walk qui se permet une fugace citation du prélude de Tristan et Isolde de Wagner, compositeur mal aimé de Debussy…

Les interprètes de "Ma Mère l'Oye", de Ravel. De gauche à droite : Laurent Molines (piano/célesta), Cécile Robilliard, François Laurent (flûtes), Auréline Gignoux (percussions) Cécile Barutaut et Gaëlle Thouvenin (harpes). Au premier plan, la récitante Clara Fustier - Photo Classictoulouse

Dans sa version originale, la très belle sonate pour flûte et piano de Francis Poulenc bénéficie ensuite des talents conjugués du flûtiste François Laurent et du pianiste Laurent Molines. Interprétation magique qui rend ainsi un hommage mérité à cette musique à double facette du moine-voyou : une apparente désinvolture chic du discours qui dissimule souvent une sensibilité à fleur de peau, ou même une blessure. Le phrasé élégant de la flûte dans l’Allegro malinconico est suivi d’une Cantilène émouvante à pleurer, comme un sourire à travers les larmes, pour finir par se moquer de soi-même dans la pirouette du Presto Giocoso.
Maurice Ravel et sa célèbre partition « Les Contes de ma Mère l’Oye », composée d’abord pour piano, puis brillamment orchestrée, revient vers nous dans un habillage étonnant dû à l’imagination de Jean Barutaut, professeur au Conservatoire de la ville rose. Sept de ces pièces resplendissent alors dans un arrangement pour deux flûtes, deux harpes, piano/célesta et percussion légère (gong et triangle tenus par le jeune Aurélien Gignoux). En outre, la comédienne Clara Fustier introduit avec esprit chaque épisode d’un extrait du conte correspondant. Prélude, Danse du rouet, La Belle au Bois Dormant, la Belle et la Bête, le Petit Poucet, ou cette touchante et énigmatique Laideronnette, impératrice des Pagodes, puis le Jardin féérique se succèdent ainsi dans cette vision si poétique et si parfaitement colorée par les choix du transcripteur et des musiciens. Des musiciens qui n’hésitent pas à participer de leurs voix et de leurs déguisements évocateurs (chapeaux à panache, fraises autour du cou, capes emplumées…), à ce « vert paradis des amours enfantines » évoqué par Baudelaire.


Les deux harpistes Cécile Barutaut et Gaëlle Thouvenin - Photo Classictoulouse

Debussy occupe toute la seconde partie du concert. Les subtiles « Danses sacrée et profane », écrites pour harpe solo et orchestre à cordes, sont ici jouées, dans une très prenante transcription pour deux harpes, par Gaëlle Thouvenin et Cécile Barutaut. Un enchantement fait de délicatesse et de sensualité. Virtuoses et poètes les deux artistes réalisent là une exceptionnelle performance qui charme chaque auditeur.
C’est sur une rareté absolue que se conclut la soirée. Tout mélomane connaît les trois mélodies intitulées Chansons de Bilitis que Debussy a composées sur des poèmes de Pierre Louÿs. On ne sait pas toujours qu’une musique de scène a suivi et également un cycle de dix courtes pièces destinées à accompagner la lecture mimée des poèmes. C’est cette version originalement écrite pour deux flûtes, deux harpes et un célesta que présentent les interprètes. Clara Fustier déclame avec sensibilité et la touche nécessaire de sensualité les mots, supposés traduits du grec, du délicieux faussaire Pierre Louÿs. Musique brève, raffinée et délicate qui enveloppe les paroles un rien sulfureuses de l’adepte de Lesbos. En introduction à ce cycle, depuis le fond de la nef, François Laurent invoquait le dieu Pan avec Syrinx, cette pièce magique que Debussy dédia à la flûte solo. Comme un rêve éveillé.
Le printemps est bien là !

Serge Chauzy

 

infos
 


Renseignements détaillés et réservations au :


06 63 36 02 86.

Site internet : http://lesclefs.
wordpress.com/


Email : internotes.toulouse@
gmail.com
 
Programme du concert du 4 avril 2011 à 20 h à l'auditorium Saint-Pierre des Cuisines

* C. Debussy

- Childrens's Corner, version pour flûte et harpe

* F. Poulenc
- Sonate pour flûte et piano

* M. Ravel
- "Ma Mère l'Oye", arrangement original de Jean Barutaut

* C. Debussy

- Danses sacrée et profane, version pour deux harpes
- Chansons de Bilitis, pour deux flûtes, deux harpes et célesta

 

 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index