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Concerts/ Les Clefs de Saint-Pierre / De la flûte à la baguette
23/05/2011
     
CRITIQUE

Imagination fertile

Le dernier concert de la série de musique de chambre des musiciens de l’Orchestre du Capitole réunissait le 23 mai dernier l’essentiel du pupitre des percussions de la formation toulousaine. Associés à deux de leurs collègues flûtistes, ces garçons aux talents multiples avaient imaginé un programme aux accents « boulangers » malicieusement intitulé « De la flûte à la baguette » !

De gauche à droite : Sandrine Tilly, Claude Roubichou, flûtes, Christophe Dewarumez et
Jean-Sébastien Borsarello, marimbas, dans la transcription des variations sur
"La Follia" de Vivaldi - Photo Classictoulouse.com

Transcriptions pour flûte(s) et percussions de partitions destinées à divers instruments et œuvres originales se partagent le menu de cette soirée hors norme présentée par Claude Roubichou, flûtiste et chef d’orchestre. La première partie est encadrée, comme par des guillemets, par deux versions de « Living-room music » de l’inclassable John Cage, le champion du piano préparé. Destiné à un quatuor de percussions non précisé (de la caisse d’emballage à l’extincteur ou la poubelle) cette discussion d’allure improvisée superpose les rythmes les plus extrêmes. La flûtiste Sandrine Tilly s’y mêle au trio de percussionnistes constitué de Jean-Sébastien Borsarello, Emilien Prodhomme et Christophe Dewarumez.
Vivaldi, mais oui, l’auteur des célèbres Quatre Saisons, est habilement converti pour deux flûtes et deux marimbas. Une série de variations sur le fameux thème de « La Follia » prouve à quel point la virtuosité traverse aisément les siècles. Aux marimbas, Christophe Dewarumez et Jean-Sébastien Borsarello se mesurent avec brio à cette partition étincelante, rejoints par Sandrine Tilly et Claude Roubichou aux flûtes. Nul besoin de transition pour aborder le monde du tango avec le grand Astor Piazzolla. Pour l’exécution de son triptyque « L’Histoire du Tango », la flûte habile de Sandrine Tilly dialogue avec la pseudo-guitare déguisée en marimba de Jean-Sébastien Borsarello. Ce dernier réalise ici des merveilles de finesse et de délicatesse, notamment dans la tendre poésie de « Café ».
C’est sur l’Hommage à Keith Jarret et Gary Burton, « The marimba », de la compositrice américaine Barbara Kolb, que conversent Claude Roubichou à la flûte, et Emilien Prodhomme, au vibraphone, instrument favori de Gary Burton. Un beau dialogue, subtil et profondément musical.


Les musiciens pendant l'interprétation de la Suite en concert d'André Jolivet.
De gauche à droite : Christophe Dewarumez, Jean-Sébastien Borsarello, Sandrine Tilly, Emilien Prodhomme, Claude Roubichou (direction) et Jean-Loup Vergne
- Photo Classictoulouse -

L’essentiel de la seconde partie est consacré à André Jolivet. Mais entre deux belles œuvres du grand compositeur français se glisse un étrange « omni » (objet musical non identifié) signé Jean-Charles François dont le titre, « Fragments », suggère la nature. Jean-Sébastien Borsarello joue avec une variété d’objets divers, gobelet plastique, pot à confiture, coquille Saint-Jacques… astucieusement disposés sur une caisse claire. Les sons les plus inattendus émanent de ce joyeux bric-à-brac qui obéit à une partition rigoureusement écrite.
On connaît la passion d’André Jolivet pour la flûte. L’écriture particulièrement raffinée de cet attachant compositeur exalte les couleurs de ce bel instrument. Sandrine Tilly se glisse avec volubilité et finesse dans deux de ses « Ascèses » pour flûte en sol seule. La douceur de ce timbre magique fascine immédiatement.
Raffinement et couleurs imprègnent enfin la splendide « Suite en concert pour flûte et quatre percussions », du même André Jolivet, qui conclut le concert. Datant de 1965, cette partition est en quelques sortes un second concerto pour flûte, dans lequel les percussions se substituent à l’accompagnement orchestral traditionnel. L’inquiétude qui parcourt le premier volet « Modéré » laisse la place à un mystérieux et poétique « Stabile ». La flûte en sol y dessine d’étranges volutes aux accents hypnotiques. La sauvagerie de « Hardiment » semble hériter d’un « Sacre du printemps » de chambre. Enfin le final « Calme, Véloce » oppose les élans pour se dissoudre dans un silence recueilli. Jean-Loup Vergne a rejoint ses collègues percussionnistes et Sandrine Tilly, à la flûte, alors que Claude Roubichou dirige cette belle partition complexe et riche d’expression et d’atmosphère.
Voici une excellente manière de conclure une saison particulièrement inventive ! Rendez-vous est pris pour 2011-2012.

Serge Chauzy

 

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Renseignements détaillés et réservations au :


06 63 36 02 86.

Email : internotes.toulouse@
gmail.com
 
Programme du concert du 23 mai 2011 à 20 h, à l'auditorium Saint-Pierre des Cuisines de Toulouse

* J. Cage
- Living-room music

* A. Vivaldi

- La Folia pour 2 flûtes et 2 marimbas

* A. Piazzolla
- Histoire du Tango, pour flûte et marimba : Bordel (1900), Café (1930), Night-Club (1960)

* B. Kolb

- The Marimba - Hommage à Keith Jarrett et Gary Burton

* J. Cage
- Living-room music

* A. Jolivet

- Deux Ascèses pour flûte en sol

* J-C. François

- Fragments

* A. Jolivet
- Suite en concert pour flûte et 4 percussions

 

 

 

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