CRITIQUE
Un bonheur signé… Mozart
Pour fêter l’ouverture de leur 10ème saison, Les clefs de Saint-Pierre ont invité Mozart et lui ont offert en hommage la création toulousaine de l’une de ses œuvres… anonymes !
C’est un bonheur permanent et sans cesse renouvelé que ces rendez-vous intimes avec les membres de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse en formation chambriste. Avec des musiciens pareils, il n’y a rien d’étonnant à ce que la formation symphonique ait atteint son niveau actuel.
Pour l’heure, c’est le pupitre des cordes qui, en ce lundi fleurant bon un hiver naissant, se retrouve dans le magnifique auditorium de Saint-Pierre des Cuisines. A la manœuvre les violons de Laurent Pellerin et Sylvie Vivies, les altos de Juliette Gil et Claire Pelissier, le violoncelle de Pierre Gil et la contrebasse de Damien-Loup Vergne.
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Le concert s’ouvre sur le K.525, autrement connu sous le nom d’ « Une petite musique de nuit ». Composée en 1787, puis perdue, elle fut retrouvée en 1955, mais pas dans son entier. Le 20ème siècle lui offrit des orchestres symphoniques pour interprète, dénaturant sans appel le souhait de Mozart prévoyant cette composition pour un orchestre à cordes et une contrebasse. Les musiciens réunis ce soir en quintette nous en donnent vraisemblablement une version très proche de l’original. La netteté du trait, la clarté et la luminosité du violon de Laurent Pellerin, qui plus est fort sympathique pédagogue au cours de ses interventions au micro, s’associent au talent des quatre autres intervenants pour nous faire quasiment redécouvrir une œuvre dont on avait trop rapidement imaginé connaître la plus infime des nuances.
Publiés après la mort du compositeur, les quatuors dits « prussiens » furent dédiés au roi de Prusse, lui-même violoncelliste amateur. Au programme ce soir, le n° 21 K.575 en ré majeur dont les deux derniers mouvements, menuetto et allegretto, sont de véritables concertos pour violoncelle. De là à imaginer que Mozart souhaitait avant tout plaire au dédicataire... Mais toute la magie de ce quatuor se trouve dans un andante d’une délicatesse arachnéenne, sorte de conversation entre violon et violoncelle semblant disserter sur un même thème, la luminosité de l’un répondant à la rondeur de l’autre. Un grand moment !
Le dernier opus du programme est très clairement une transcription, et pas de n’importe quelle composition, celle de la Symphonie Concertante pour violon et alto. Elle est l’œuvre d’un anonyme du 19ème siècle. Donnée une fois à Paris, elle était jouée pour la première fois à Toulouse. C’est avec une certaine fierté, fort compréhensible, que Laurent Pellerin nous fit part de ce détail… fort peu anodin en vérité. Connue sous le nom de Grande Sestetto Concertante, pour sextuor à cordes, cette pièce fait partie des rarissimes transcriptions pour cette formation. Encore une fois, c’est l’andante qui marque les esprits avec l’extraordinaire mélancolie du thème qui le traverse.
Réclamé à grand renfort d’applaudissements, le final du divertimento K.138 donné en bis clôturait ce concert aussi chaleureux que précieux entre tous.
Robert Pénavayre
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