CRITIQUE
L’aventure Mendelssohn
Le 28 avril dernier, l’ultime concert de la 8ème saison de musique de chambre des Clefs de Saint-Pierre convoquait un seul grand compositeur, le bienheureux Felix Mendelssohn-Bartholdy. Heureux, il le fut peut-être trop aux yeux de ceux pour lesquels un créateur romantique se doit de souffrir pour bien s’exprimer ! Dans sa très vivante présentation du concert, Laurent Pellerin remarque que Mendelssohn a eu en effet un peu de mal à s’imposer auprès du grand public. |
Les deux œuvres inscrites au programme de la soirée ont été composées avant l’âge de 20 ans. Au-delà de leur merveilleuse fraîcheur d’inspiration, elles n’en témoignent pas moins d’un savoir-faire impressionnant, d’une force expressive étonnante.
Le quatuor à cordes en mi bémol majeur op. 12 date de 1829. Concentrés sur l’intimité de leurs discours, les quatre mouvements de l’œuvre s’écoutent comme autant d’états d’âme en demi-teinte. Jusqu’au final molto allegro les interprètes ne manquent pas d’y faire résonner, comme en filigrane, la tendresse d’un Schubert. Sylvie Viviès et Laurent Pellerin, violons, Juliette Gil, alto et Pierre Gil, violoncelle accordent parfaitement leurs sonorités et leurs tempéraments spécifiques à la fraîcheur de cette partition de jeunesse.
Composé à un âge encore plus précoce (à peine 16 ans, on croit rêver !) l’octuor du même Mendelssohn réunit, autour des artistes précédents, Edwige Farenc et Alexandre Dalbigot, violons, Bruno Dubarry, alto et Vincent Pouchet, violoncelle. Ce double quatuor à cordes démarre sur un foisonnement juvénile parfaitement maîtrisé par les interprètes. Les équilibres sonores, toujours bien établis dans la fulgurance conservent à l’œuvre ses résonances symphoniques. Après un andante comme frémissant d’inquiétude, le scherzo évoque irrésistiblement, par sa délicate vivacité, cette ouverture du « Songe d’une Nuit d’Eté » d’un Mendelssohn de 17 ans. Bon sang ne saurait mentir ! Le presto final s’élance comme une libération joyeuse. L’engagement de chaque interprète y fait merveille.
Réclamé à grand bruit, un bis inhabituel vient conclure la soirée sur une note de ferveur sacrée, celle du chœur final (à huit voix) de la Passion selon Saint-Matthieu de Johann Sebastian Bach (celle-là même que ressuscita Mendelssohn), instrumenté pour un double quatuor à cordes. Placés en miroir, les musiciens y déploient avec naturel un phrasé baroque bien en situation.
La 8ème saison des Clefs de Saint-Pierre s’achève. Vive la 9ème saison !
Serge Chauzy
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