Intitulé « Ravel et ses contemporains », ce concert mettait donc l’accent sur celui qui n’obtint jamais ce prix tant convoité. Il le confrontait alors à deux de ses rivaux « gagnants », André Caplet et celui auquel la soirée rendait hommage, le Toulousain Aymé Kunc dont on célèbre cette année le cinquantenaire de la disparition.
La soirée débute alors par une présentation de la carrière de celui qui fut, pendant trente années consécutives, directeur du Conservatoire de Toulouse et animateur de la vie musicale toulousaine. Henri Félix, petit-neveu d’Aymé Kunc et animateur de l’Association qui porte son nom brosse ainsi un portrait touchant du compositeur dont la musique mérite mieux que le discret oubli dans lequel elle est tombée.
La preuve en est immédiatement fournie par les musiciens de l’Orchestre du Capitole, Edwige Farenc, violon, Juliette Gil, alto, Nicolas Saint-Yves, violoncelle, associés au pianiste Christophe Larrieu, qui abordent avec enthousiasme son quatuor avec piano. Une partition immédiatement séduisante, pleine de caractère et de personnalité, qui fleure bon la musique française de ce début du 20ème siècle. On y découvre avec bonheur un mélange de saveurs à la César Franck, mais aussi un thème que n’aurait pas renié Richard Strauss ou encore une phrase de violoncelle qui évoque irrésistiblement Rachmaninov.
André Caplet, autre vainqueur du Grand Prix de Rome est également présent avec trois extraits de ses propres transcriptions pour cordes et piano de son cycle de vocalises : Improvisation d’après « Le Pain Quotidien ». Les interprètes y imposent avec autorité le caractère tour à tour « Nostalgique », « Décidé » et « Impetuoso » de ces trois pièces. Virtuosité et intensité expressive font jeu égal.
Ravel conclut ce programme avec son génial Trio en la mineur. Les unissons magiques du « Pantoum », les savoureuses modulations, la lumière éclaboussée du final font merveille. Chaque musicien, totalement impliqué, est à féliciter chaleureusement : l’énergie maîtrisée du violon d’Edwige Farenc, l’alto sonore et opulent de Juliette Gil, la profonde beauté de timbre et la subtilité des phrasés du violoncelle de Nicolas Saint-Yves. Last but not least, au piano, Christophe Larrieu déploie la fluidité de son jeu coloré et dynamique.
Une pièce gorgée d’Espagne d’un troisième rival heureux de Ravel, Raoul Laparra, conclut la soirée sur un sourire ensoleillé.
Serge Chauzy |