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Concerts / Orchestre national du Capitole - Maxim Emelyanychev, direction, Aylen Pritchin, violon - Les Franco-russes - 19 mars 2021
     
COUP DE CŒUR

CRITIQUE

Avec Maxim Emelyanychev et Aylen Pritchin,
l’excellence des Franco-russes

Le troisième édition du festival interculturel des Franco-russes se poursuit sous les meilleurs auspices possibles. En ces temps troublés par la pandémie, il est réconfortant de constater la permanence de la vie musicale toulousaine. Lors du deuxième concert du festival, le 19 mars dernier, tous les mélomanes, tous les habitués des grands concerts de la Halle aux grains ont pu suivre, certes à distances mais en temps réel, la belle démonstration de cette vitalité assumée.

Lors de cette soirée réconfortante, l’Orchestre national du Capitole, dont il faut souligner l’énergie déployée par ses musiciens et son environnement technique et administratif, a retrouvé à sa tête le chef russe Maxim Emelyanychev. Cette relation privilégiée qui dure depuis des années ne cesse de progresser, pour le plus grand bonheur des spectateurs et mélomanes. Ce soir-là, Maxim Emelyanychev est venu accompagné du jeune violoniste russe Aylen Pritchin un ami de longue date avec lequel la complicité s’avère indéfectible. Premier prix du Concours Long-Thibaud-Crespin en 2014, Aylen Pritchin, né à Saint-Pétersbourg, est lauréat de nombreuses compétitions dont le Concours Kreisler à Vienne, le concours Oïstrakh à Moscou et le Concours Wieniawski à Poznan.


LLe chef d'orchestre russe Maxim Emelyanychev - Photo Patrice Nin -

La très joyeuse Symphonie n° 1 dite « Classique » de Prokofiev ouvre le concert. Dès les premières mesures on retrouve la vitalité, l’énergie irrésistibles du chef. Bondissant sur son podium comme un lutin ivre de musique, il transmet à l’orchestre ce sens du rythme et de la lumière qui caractérise cette partition d’un jeune homme de vingt-cinq ans. Partition que son auteur considère comme « un défi pour mettre les oies en rage » ! Les quatre volets de l’œuvre obéissent au schéma « classique » de la symphonie. Néanmoins, la hardiesse de leur contenu harmonique, rythmique, expressif, se pare d’un langage bien de son temps que le chef et l’orchestre prennent plaisir à souligner. Le plaisir constitue effectivement l’élément essentiel de leur interprétation. L’humour, la grâce, la finesse, caractérisent cette exécution jubilatoire dans laquelle exultent les pupitres des bois (et notamment celui des bassons pleins d’ironie).
Avec le Concerto n° 2 pour violon et orchestre du même Prokofiev, le ton change considérablement. Les premières mesures du violon soliste a cappella se parent d’une nostalgie, d’une profondeur grave qu’Aylen Pritchin transcende de sa splendide sonorité, de son phrasé imaginatif, d’un soin expressif plein d’émotion. Tout au long de son exécution, sa maîtrise du vibrato fait merveille. Au lyrisme par moments exalté, mais toujours maîtrisé lui aussi, de l’Allegro initial succède ce temps suspendu de l’Andante assai, avec ces alternances de lumière et d’angoisse que l’interprète aborde avec conviction mais également avec une pudeur particulièrement touchante. Le Rondo final libère toutes les énergies possibles. Cette succession de couplets et de refrains emprunte aux musique populaires d’Europe centrale ses mélodies et ses rythmes affirmés. Vigueur et détermination animent le jeu du soliste comme celui de l’orchestre. Le violon dialogue avec les percussions, y compris avec les plus inattendues comme les castagnettes. Les couleurs de l’orchestre, dirigé avec détermination par Maxim Emelyanychev, et l’accomplissement d’Aylen Pritchin marquent cette soirée d’une pierre blanche.



Le violoniste russe Aylen Pritchin, soliste du Concerto n° 2 de Prokofiev
- Photo Patrice Nin -

En écho, l’œuvre française de la soirée, donnée en création mondiale, est donc signée de Benjamin Attahir. Ce jeune surdoué, né à Toulouse en 1989, peut être considéré comme LE compositeur actuel le plus proche de notre Orchestre. En effet, l’Orchestre national du Capitole a déjà créé quatre de ses pièces : en 2014, le Concerto pour hautbois intitulé Nur, en 2016 Nach(t)spiel, pour violon et orchestre, en 2017 Sawti' Zaman (2012-revisé en 2016) À Pierre Boulez. Plus récemment l’ONCT et Tugan Sokhiev ont créé Je / suis / Ju / dith œuvre pour soprano, violon et orchestre. On observera que Benjamin Attahir choisit les titres les plus étranges qui soient. C’est encore le cas pour la création de cette commande de l’Orchestre national du Capitole intitulée 117:2C et dédiée au délégué général de l’Orchestre Thierry d’Argoubet, marquant ainsi l’attachement du compositeur à la formation symphonique toulousaine. Il s’agit cette fois d’une partition pour cordes seules, rappelant peut-être que le compositeur est également violoniste. Une agitation vivifiante mais non dénuée d’inquiétude ouvre la partition. Tous les pupitres sont ardemment sollicités. L’atmosphère évolue vers un apaisement passager. Les rythmes les plus variés se succèdent, évoquant d’étranges changements d’humeur. La courte durée de la pièce (quelques 7 minutes 30) s’accompagne d’une incroyable diversité de la palette expressive. Le decrescendo final semble évoquer une descente apaisée vers l’oubli ou peut-être même vers la mort… Cette belle pièce, intense et touchante, est accompagnée d’un poème, écrit par Benjamin Attahir lui-même, et qui mérite la découverte. Un grand bravo également aux interprètes, musiciens et chef d’orchestre, qui s’approprient l’œuvre avec détermination et rigueur.



L'Orchestre national du Capitole sous la direction de Maxim Emelyanychev
- Photo Patrice Nin -

La dernière œuvre de la soirée marque le retour vers la terre russe. L’ouverture fantaisie de Tchaïkovski, Roméo et Juliette, représente une sorte d’emblème du romantisme. Le recueillement quasiment liturgique des premières mesures ouvre la voie vers les sentiments les plus exacerbés. L’enchevêtrement des thèmes s’avère ici d’une grande clarté, d’une intense détermination. Maxim Emelyanychev dirige cette partition avec une rigueur très éloignée de certaines lectures nettement plus « sentimentales ». Suivi par un orchestre ardemment à l’écoute, il en souligne les contrastes expressifs et le poids de l’inéluctable.
Le volet musical des Franco-russes ne saurait mieux se poursuivre. Si vous n’avez pas pu assister à la diffusion directe de ce concert, précipitez-vous sur la chaine YouTube de l’ONCT par le lien :
https://www.youtube.com/watch?v=IRgMvcpRXoQ
A suivre…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 22 mars 2021

 

 

infos
 

Détail des informations, s’adresser à :

Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Service location
BP 41408 – 31014
Toulouse Cedex 6.


Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

http://onct.toulouse.fr/
 

Programme du concert donné le 19 mars 2021
à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* S. Prokofiev
- Symphonie n° 1
"Classique"
- Concerto pour violon et orchestre n° 2

* B. Attahir
- 117:2C

* P. I. Tchaïkovski
- Roméo et Juliette
Ouverture Fantaisie

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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