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Concerts / Orchestre national du Capitole - Ilan Volkov, direction -
Gautier Capuçon, violoncelle - 25/11/2010
     

CRITIQUE

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L’histoire de la musique ne s’arrête pas à Ravel. Remercions le grand chef israélien Ilan Volkov de nous le rappeler. Alors qu’il dirige avec un succès mérité les représentations de « Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » de Kurt Weill au Théâtre du Capitole, le voici à la tête de la phalange toulousaine, le 25 novembre dernier, dans un programme d’une réconfortante diversité. L’avant-garde d’hier y côtoie celle d’aujourd’hui.

L’œuvre de référence qui conclut le concert n’est autre que l’une des moins jouées des symphonies du révolutionnaire d’hier par excellence, Ludwig van Beethoven : la radieuse 8ème en fa majeur. L’effectif orchestral réduit restitue à cette partition sa vivacité, sa fantaisie, et même son humour. L’équilibre sonore se déplace vers les vents. Les cordes ne jouent pas toujours, comme ce fut souvent le cas, le rôle essentiel et omnipotent. La lumière de l’Allegro vivace initial conduit à la fine caricature de l’Allegretto scherzando, moquerie amicale du compositeur envers Johann Nepomuk Maelzel, l’inventeur du métronome. Ilan Volkov confère très justement au menuet son allure un peu empesée à laquelle le trio accorde une bouffée de fantaisie. Le final complète un tableau plein de gaité, d’énergie joyeuse, et qui évoque irrésistiblement le charme des symphonies de Joseph Haydn.


Ilan Volkov à la tête de l'Orchestre national du Capitole lors de l'exécution de "Time stretch" de Bruno Mantovani (Photo Classictoulouse)

La partition la plus récente ouvre la soirée. Il s’agit de Time stretch (on Gesualdo), autrement dit : Etirement du temps (sur Gesualdo), de Bruno Mantovani. Après le passionnant concert dirigé, le 13 novembre dernier, par le jeune compositeur, il est réconfortant de constater que la musique d’aujourd’hui ne reste pas confinée dans un cénacle d’initiés. Avec cette partition créée en 2006, Bruno Mantovani utilise le matériau musical d’un autre novateur du passé, le prince assassin (il fit en effet trucider sa charmante épouse qu’il accusait d’infidélité) et néanmoins génial compositeur de la Renaissance italienne, Carlo Gesualdo. Basant sa pièce sur le matériau harmonique d’un madrigal de ce dernier, Bruno Mantovani élabore ainsi une pièce riche en couleurs, forte et expressive, dans laquelle le rythme tient un rôle essentiel, implacable. Les percussions, particulièrement fournies, ponctuent l’œuvre d’une série d’explosions qui dissipent un moment l’angoisse accumulée. Le compositeur n’a pas ménagé la virtuosité des musiciens. Francis Tropini à la clarinette, Blagoja Dimchevski au violon, Christian Fougeroux au hautbois s’éclatent véritablement dans de redoutables solos.


Gautier Capuçon, soliste du concerto pour violoncelle "Tout un monde lointain" d'Henri Dutilleux (Photo Classictoulouse)

L’un des grands jalons de la musique française du XXème siècle occupe le cœur de la soirée. Avec son concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain », créé en 1970 par Mstislav Rostropovitch en soliste, Henri Dutilleux composait une œuvre phare dont la beauté formelle autant qu’expressive ne cesse de fasciner. Poétique, profond, raffiné, le propos d’Henri Dutilleux génère un dialogue coloré et émouvant entre soliste et orchestre, dialogue dont le ton est donné par les vers de Baudelaire en exergue de chaque mouvement. L’héritage debussyste irise toute la partition que les interprètes s’approprient en profondeur. Le soliste n’est autre que Gautier Capuçon dont les qualités autant instrumentales que profondément musicales font ici merveille. Sa sonorité de velours, ses choix expressifs, son engagement personnel portent l’œuvre au cœur de chacun. Les cadences, jouées dans la continuité du discours orchestral, et pas comme une démonstration de pure virtuosité, apportent leur poids d’émotion. L’orchestre tisse une trame d’une indicible beauté sonore. Dans ces unissons et ces intervalles d’octave si caractéristiques de l’écriture de Dutilleux, l’horizon bascule dans une lumière fascinante. Le silence qui prolonge les dernières notes du soliste semble appartenir encore à l’œuvre. Un vrai bonheur !
Deux bis réclamés par des applaudissements nourris donnent à Gautier Capuçon l’occasion d’aborder un répertoire complémentaire bien différent. Le fameux « Cygne » du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, joué comme dans un rêve, et la « Marche des petits soldats de plomb », de Prokofiev, ironiquement martiale.

Serge Chauzy

 

 

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Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

www.onct.mairie-toulouse.fr
 

Programme du concert du 25 novembre 2010 à 20 h, à la Halle aux Grains de Toulouse :

* B. Mantovani

- "Time Stretch (On Gesualdo) "

* Henri Dutilleux
- Concerto pour violoncelle et orchestre "Tout un monde lointain"

* L. van Beethoven
- Symphonie n° 8 en fa majeur

 

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