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Concerts / Orchestre du Capitole - Tugan Sokhiev, direction -
Mathieu Dufour, flûte - 23/10/2010
     

CRITIQUE

Tout simplement « Fantastique » !

Après un beau concert de musique russe, Tugan Sokhiev et son orchestre offraient à ses abonnés, le 23 octobre dernier, une éblouissante soirée de musique française. Le soliste invité, le flûtiste Mathieu Dufour, retrouvait l’Orchestre National du Capitole au sein duquel il occupa pendant quelques années le poste de premier flûtiste, avant d’être nommé au prestigieux Chicago Symphony Orchestra par Daniel Barenboim.


Le flûtiste Mathieu Dufour, dans le concerto de Jacques Ibert, avec Tugan Sokhiev et l'Orchestre National du Capitole © Classictoulouse

Devenu soliste international recherché, Mathieu Dufour partage ses activités entre l’orchestre et la musique de chambre. Il a choisi d’interpréter à Toulouse le très spirituel et très virtuose concerto de Jacques Ibert. Dans cette pièce de 1934, dédiée au grand flûtiste Marcel Moyse, Ibert ne renie rien de l’héritage debussyste tout en manifestant une légèreté de ton, une finesse expressive tout-à-fait originales. Un rythme particulièrement marqué anime les mouvements extrêmes, vifs et pleins d’un esprit typiquement français : une sorte de compromis entre Poulenc et Roussel. La rêverie de l’Andante central distille un charme particulièrement attachant. Entouré d’un orchestre à l’effectif réduit, le soliste manifeste une dynamique impressionnante, une aisance aussi bien mélodique que rythmique pleine de vitalité qui confèrent une nouvelle jeunesse à cette partition. Sonorité chaleureuse et pure, souffle inépuisable, Mathieu Dufour déploie sans ostentation une virtuosité irréprochable et une profonde musicalité. Le bis que le public et ses collègues de l’orchestre lui réclament et obtiennent ouvre de nouvelles perspectives à son art. Syrinx, de Debussy, évolue dans un monde de sensualité subtile que le flûtiste fait sien. Jouant ainsi aux frontières du silence Mathieu Dufour offre là une vision frémissante et idyllique de cette œuvre méditative.
Auparavant, Tugan Sokhiev ouvrait la soirée sur une belle évocation du Prélude à l’après-midi d’un faune, de Claude Debussy. Couleurs mordorées, silences chargés ici aussi d’une sensualité à fleur de peau, la pièce s’étire avec une feinte paresse que l’orchestre et son chef traduisent par de larges respirations. La flûte, cette fois celle de l’impeccable flûtiste solo de l’orchestre François Laurent, y occupe aussi la première place dans une atmosphère d’extase bienfaisante.
La seconde partie du concert est consacrée à la Symphonie fantastique, d’Hector Berlioz. On croît tout connaître de cette partition révolutionnaire et visionnaire, et pourtant ce soir-là Tugan Sokhiev explore de nouveaux horizons. L’orchestre déploie une virtuosité, une précision dans la souplesse, ainsi qu'un équilibre des différents pupitres qui ne se dément jamais. Aussi puissants que jouent les cuivres, ils ne couvrent jamais le jeu intense, incandescent, des cordes chauffées à blanc. Et quelle ampleur impressionnante de la part des basses ! Violoncelles et contrebasses se surpassent. Dans ce matériau sonore éblouissant, le chef sculpte une conception originale et forte de la partition. « Rêverie et passion » bouillonne de contrastes. Dans la deuxième section, « Un bal », l’élégance viennoise naît d’une incroyable richesse des nuances. L’orchestre réagit sans inertie aucune à chaque inflexion suggérée par le chef. La poésie inquiétante de la « Scène aux champs » conduit à une incroyable « Marche au supplice », convulsive mais toujours parfaitement maîtrisée. Enfin le « Songe d’une nuit de Sabbat », halluciné et implacable, laisse l’auditeur en transe ! Un véritable triomphe salue cette étonnante et explosive exécution dont on espère qu’elle séduira tout autant le public russe qui doit accueillir notre orchestre et son chef au cours de sa prochaine tournée à Saint-Pétersbourg.

Serge Chauzy

 

infos
 


 

Progamme du concert du 23 octobre 2010 à 20 h, à la Halle aux Grains de Toulouse :

* C. Debussy

- "Prélude à l'après-midi d'un faune"

* J. Ibert
- Concerto pour flûte et orchestre

* H. Berlioz
- Symphonie fantastique

 

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