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Concerts / Orchestre du Capitole - Tugan Sokhiev - Irina Donskaya 07/04/2011
     

CRITIQUE

Hommage et diversité

Au cœur du concert donné le 7 avril dernier par l’Orchestre national du Capitole figurait l’hommage au compositeur russe récemment disparu Boris Tishchenko. Tugan Sokhiev, dont la formation musicale doit beaucoup à cette fructueuse école russe, a judicieusement pris l’initiative de programmer une œuvre emblématique de ce brillant élève de Chostakovitch, en dialogue avec le répertoire français dont son orchestre s’est fait une spécialité. Fauré, Ravel, Roussel et Tishchenko, d’étonnants contrastes musicaux épicent cette belle soirée.

L’image de la harpe, instrument noble, raffiné, essentiellement féminin, ne s’est modifiée qu’au cours du 20ème siècle, avec Mahler notamment, mais surtout André Caplet, ce modeste mais très talentueux disciple de Debussy, avec son poème symphonique « Le masque de la mort rouge ». En 1977, Boris Tishchenko, compositeur prolifique, dédie son concerto pour harpe et orchestre à son épouse, Irina Donskaya, harpiste réputée. C’est cette même artiste qui vient de créer à Toulouse la partition de son époux disparu en décembre 2010.

De gauche à droite : Tugan Sokhiev, la soprano Julia Wischnieswki et la harpiste, dédicataire du concerto de Tishchenko, Irina Donskaya - Photo Classictoulouse

Œuvre austère, grave, cet étrange concerto émerge doucement du silence pour finalement s’y dissoudre, après un itinéraire initiatique en cinq étapes qui confronte la soliste à deux harpes aux sonorités différentes qu’elle utilise alternativement. L’orchestre auquel elle se mêle, parfois s’oppose, lui offre de nombreux instruments solistes avec lesquels s’établissent d’énigmatiques dialogues. Le piano, très présent, la clarinette, le cor, les flûtes se succèdent dans ces échanges. La partie soliste alterne les moments d’attente, dans lesquels l’écriture se love dans un minimalisme proche des musiques répétitives américaines, et les explosions libératrices que l’orchestre déclenche avec vigueur. Le propos, âpre, cruel parfois, évoque un Chostakovitch épuré, comme privé de son lyrisme. Le premier thème échangé entre le piano et la harpe rappelle d’ailleurs irrésistiblement le court motif de trompette qui ouvre l’Allegretto initial de la première symphonie de ce dernier. Serait-ce un hommage de l’élève au maître et ami ? Irina Donskaya s’investit totalement dans cette partition qu’elle défend avec âpreté et vigueur, alors que l’orchestre, parfaitement maîtrisé par Tugan Sokhiev attentif et vigilant, en commente brillamment les développements contrastés. La voix, pure, tendre, consolatrice de la soprano Julia Wischniewski qui s’élève au-dessus de la méditation macabre, résonne comme un soupir de soulagement avant la plongée vers un silence oppressant.


Tugan Sokhiev dirigeant « Pelléas et Mélisande » de Gabriel Fauré - Photo Classictoulouse

Les trois partitions de musique française qui accompagnent cette création, opèrent avec elle une rupture radicale. La tendre et poétique musique de scène « Pelléas et Mélisande », de Gabriel Fauré, trouve immédiatement le chemin du cœur. L’infinie douceur des cordes qui ouvrent le Prélude, sa progression fervente vers le thème générateur éclairent peu à peu le paysage d’un lyrisme lumineux. Tout au long de cette œuvre, Tugan Sokhiev trouve les phrasés, les nuances, la finesse qui ont fait de ce bel orchestre le spécialiste de cette musique. Le hautbois de Jean-Michel Picard, dans l’Andantino, la flûte de Sandrine Tilly, dans la fameuse Sicilienne, apportent leur irremplaçable contribution à la réussite de cette interprétation qui atteint son sommet dans l’intensité tragique de l’Adagio final.
Le même instinct musical infaillible de Tugan Sokhiev anime et fait vivre les « Valses nobles et sentimentales » de Ravel. Brillantes, subtiles, élégantes, ces valses s’ouvrent et se referment sur l’ivresse, l’éblouissement que l’orchestre produit avec ferveur.
Enfin, la 2ème suite de « Bacchus et Ariane », du compositeur navigateur Albert Roussel, déploie ses fastes orchestraux, son énergie vitale. Chaque solo instrumental, de la clarinette à la trompette, du violon au basson, apporte sa touche de couleurs à cette brillante partition. La bacchanale conclusive donne le vertige. Irrésistible course au bonheur !
Le public comptait ce soir-là une spectatrice d’exception en la personne de Madame Irina Chostakovitch, la veuve du grand compositeur russe, venue spécialement à Toulouse pour la création du concerto de Tishchenko. Témoin prestigieux d’une époque riche en événements de tous ordres, cette grande dame a tenu à remercier en coulisse les musiciens et tous les artisans de ce remarquable événement.

Serge Chauzy

 

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Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

www.onct.mairie-toulouse.fr
 

Programme du concert du 7 avril 2011 à 20 h, à la Halle aux Grains de Toulouse :

* G. Fauré

- Pelléas et Mélisande,
op. 80, Suite

* B.Tishchenko
-
Concerto pour harpe

* M. Ravel
Valses nobles et sentimentales

* A. Roussel
- Bacchus et Ariane,
op. 43, Suite n° 2


 

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