La soirée s’ouvrait néanmoins sur une composition de l’Argentin Alberto Ginastera intitulée « Variations Concertantes ». Musique nocturne, paisible qui s’enflamme soudain comme un brasier de la Saint-Jean. L’orchestre s’y éclate en de multiples solos. Tour à tour le violoncelle, l’alto, le cor, la harpe, la contrebasse, la clarinette, le hautbois… s’expriment comme pour une symphonie concertante que Josep Pons conduit avec finesse.
Manuel de Falla compose le reste du programme. Avec les fameuses « Nuits dans les jardins d’Espagne », concerto pour piano et orchestre qui ne dit pas son nom, Javier Perianes mêle son jeu subtil, sensible et lumineux aux sonorités colorées d’un orchestre vibrant et passionné dont les tutti dominent. Les interventions du soliste soulignent la dimension poétique de cet hymne à la nuit, alors que la direction de Josep Pons en révèle les élans dramatiques. Deux visions fortes qui se complètent harmonieusement. Javier Perianes prolonge cette prestation avec deux bis d’une grande originalité : une pièce miniature et murmurée de Monpou et un mouvement clair comme l’eau d’un torrent de Joseph Haydn.
Le ballet « Le Tricorne », ou plutôt « El sombrero de tres picos », si rare en version intégrale, méritait largement ce retour toulousain. Josep Pons l’investit en y impliquant tous les musiciens de l’orchestre. L’ouverture les surprend à frapper dans les mains en criant des « Ollé ! » bien sonores. Les péripéties picaresques de l’œuvre sont comme analysées, commentées par chaque pupitre. Le basson goguenard se moque de l’image du personnage ridicule du gouverneur, la flûte piccolo bat le rappel, l’ensemble des instruments à vent s’en donne à cœur joie. Le timbre « naturel » de la soliste Itxaro Mentxaka traduit le caractère populaire de ses deux courtes interventions. La direction très vivante et contrastée de Josep Pons donne à voir le déroulement dramatique comme si le ballet se déroulait sous nos yeux.
Chaleureusement applaudi par le public mais aussi par les musiciens, le chef catalan rend à son tour un bel hommage à l’orchestre.
Serge Chauzy |