Même s’il le fut par le passé, le répertoire baroque auquel se rattache ce chef-d’œuvre liturgique n’est a priori plus celui des grands orchestres symphoniques. L’Orchestre du Capitole ne fait pas exception à la règle. Le concert du 17 avril témoigne concrètement de la possibilité pour une formation « moderne » de qualité de bénéficier du formidable travail effectué sur ces répertoires par les musiciens dits « baroqueux ».
Rompu à cet exercice, le chef allemand Claus Peter Flor obtient ainsi de la phalange toulousaine, maintenue dans un effectif plutôt « copieux », une sonorité « à l’ancienne », des phrasés bien différents de ceux qu’elle pratique dans la musique romantique. Le changement le plus évident concerne les cordes qui s’abstiennent judicieusement de tout vibrato excessif. La justesse, qui reste impeccable malgré cela, en dit long sur la qualité atteinte par ces pupitres. Le velouté, la finesse y gagnent indéniablement. Il faut à cet égard louer la beauté incomparable du solo de violon du « Laudamus te » que délivre Geneviève Laurenceau avec un panache, une sûreté technique et une intelligence expressive éblouissants.
Les vents, particulièrement sollicités dans de redoutables solos, se montrent largement à la hauteur de leur tâche. Le cor de Jacques Deleplancque, d’une belle sûreté dans sa contribution au « Quoniam » d’une invraisemblable difficulté d’exécution, les hautbois d’amour d’une belle rondeur sonore de Serge Krichewsky et Isabelle Desbats, les flûtes (en bois !) fines et délicates de François Laurent et Florence Fourcassié, les bassons expressifs de Lionel Belhacène et Estelle Richard, les trompettes tour à tour douces et éclatantes, avec leurs aigus haut perchés, de René-Gilles Rousselot, Georges Bouron et Jean-Paul Alirol, tous participent à la réussite de cette exécution.
Les voix, primordiales dans cette œuvre fondamentalement chorale, bénéficient du bel ensemble Les Eléments que Joël Suhubiette dirige avec un savoir-faire toujours plus affirmé. Justesse, dynamique, cohésion en font un chœur de premier plan. Claus Peter Flor réalise à ce propos une alternance intelligemment menée entre ce grand chœur et le quintette de solistes. Alternance qui trouve un moyen terme à la querelle musicologique qui a lieu de nos jours sur l’attribution de certaines parties chorales aux seuls solistes. Lorsque le poids de l’orchestration instrumentale le permet, il leur confie en effet l'intégralité de la partie chorale. C’est le cas dès le « Kyrie » initial. Le déroulement de la messe y gagne un relief particulier, une sensation d’échange plus affirmée.
Les cinq solistes vocaux assument leur partie avec style et intelligence. Les deux sopranos Christina Landshamer et Sybilla Rubens, dans les duos comme dans les arias différentient bien leurs timbres, ainsi que le ténor sonore Tilman Lichdi, et la basse York Felix Speer à la parfaite vocalisation. Un supplément d’émotion émane de la voix de velours et du pouvoir expressif de la contralto Ingeborg Danz. A l'écoute de ses deux arias, le « Qui sedes » et surtout l’« Agnus Dei », les gorges se serrent...
Serge Chauzy |