Le récent enregistrement discographique des deux concertos pour piano et orchestre de Brahms a propulsé Nelson Freire au premier rang des grands brahmsiens. Le public toulousain a ainsi pu constater le bien fondé de cette réputation à laquelle l’accompagnement orchestral fait honneur. Après une introduction de rêve signée du corniste solo Jacques Deleplancque, le pianiste déclenche une véritable tempête musicale d’une intensité irrésistible. Un combat héroïque va animer les deux premiers mouvements. L’ampleur, la rondeur de la sonorité de Nelson Freire s’y déploie avec une noblesse et une grandeur qui donnent le frisson. La confidence poétique de l’andante revêt un charme, une émotion qui doit beaucoup à la déclamation lyrique et sensible de Sarah Jancu, violoncelle solo. Le piano y déploie la fluidité digitale de ses guirlandes. La tension accumulée peut enfin se libérer au cours du final Allegretto grazioso. Nelson Freire sait comme personne alléger son toucher sans pour autant en diminuer l’intensité expressive. C’est dans une joie sans mélange que s’achève cette superbe interprétation qui recueille un véritable triomphe. Le soliste accorde ensuite volontiers au public son bis fétiche, le miraculeux chant d’Orphée de Gluck, devenu une sorte de doudou du pianiste brésilien.
La 2ème symphonie, toujours de Brahms, occupe toute la seconde partie de la soirée. Tugan Sokhiev y entraîne son orchestre dans un impressionnant déferlement de générosité et de passion. Des premières notes, retenues et comme murmurées, jusqu’au flamboyant final, la phalange toulousaine déploie une opulence sonore somptueuse, jamais pesante, toujours très contrôlée par son chef tout particulièrement attentif aux équilibres sonores. Une fois de plus les cordes délivrent d’étonnantes lignes mélodiques d’une densité et d’un lyrisme éblouissants. Tugan Sokhiev soigne avec autant d’attention le détail et la grande ligne, soulignant les oppositions tension-détente sans en exagérer les contrastes. Du grand art, celui qui fait vivre les œuvres de l’intérieur !
Serge Chauzy