CRITIQUE
Eblouissantes retrouvailles
Chez les Hagen, la musique est une affaire de famille. Et visiblement une affaire de passion. Veronika Hagen et ses frères Lukas et Clemens, rejoints par Rainer Schmitt retrouvaient le salon rouge du Musée des Augustins, seize ans, presque jour pour jour, après leur première apparition toulousaine. En mars 1991, en effet, Xavier Darasse avait invité le tout jeune Quatuor Hagen, encore assez peu connu en France, dans le cadre de la saison des Arts Renaissants. Ces musiciens éblouissants ont depuis visité la ville rose à deux reprises : en 1992, au cours de la saison de musique de chambre d’Odyssud et en 1999, au théâtre du Capitole, à l’invitation des Grands Interprètes.
Pour ces heureuses retrouvailles du 28 février dernier, le Quatuor Hagen a prouvé, non seulement qu’il n’a rien perdu de sa spontanéité et de son énergie initiale, mais qu’il a encore perfectionné son exceptionnelle cohésion, approfondi sa musicalité et le pouvoir expressif de son jeu.
Voici quatre artistes de premier plan qui vivent la musique comme un seul interprète, qui respirent ensemble, sans pour autant dissoudre leur personnalité dans un moule unique.
Leur interprétation du quatuor en sol op. 33 n° 5, de Haydn, qui ouvre le concert, fourmille d’imagination, de vitalité, de flexibilité, de grâce absolue. Avec le quatuor n° 10 de Beethoven, les Hagen escaladent la montagne de leur démarche énergique et enflammée. Déclamation héroïque de l’Allegro qui suit l’introduction Poco adagio du premier volet, méditation intense de l’Adagio, fièvre brûlante du Presto, discours plein de conviction du final Allegretto.
La seconde partie, consacrée au 3ème quatuor de Chostakovitch, prolonge cette richesse expressive au service d’une partition ambiguë et forte. Empruntant les voies de sa 9ème symphonie, Chostakovitch alterne l’impertinence comme simulée de l’Allegretto initial et l’inquiétante atmosphère nocturne de l’Adagio. Le Quatuor Hagen y investit toute la force de sa conviction. On n’oubliera pas de sitôt le bouleversant dialogue entre l’alto et le violoncelle qui introduit le mouvement final. Comme le lever du jour sur un matin blafard. Saisissant !
Jouée en bis, une courte et dense pièce du compositeur hongrois György Kurtág, toute en ombres furtives, conclut cette soirée de bonheur musical. A quand le retour du quatuor Hagen à Toulouse ?
Serge Chauzy