CRITIQUE
Buxtehude, la voix de l’orgue
L’église musée des Augustins hébergeait le dernier concert de la présente saison des Arts Renaissants. L’église et son orgue admirable signé Ahrend, un instrument dont on admire chaque fois davantage les couleurs et la dynamique.
Il s’agissait, ce 18 avril dernier, de célébrer les trois cents ans de la disparition de Dietrich Buxtehude, ce compositeur si célèbre en son temps que le jeune Bach n’hésita pas à parcourir quatre cents kilomètres à pieds pour aller recueillir auprès du vieux maître quelques secrets de composition et d’improvisation.
L’ensemble instrumental « Le Concert brisé », et les deux jeunes lauréats du Concours international d’orgue Xavier Darasse 2005, Anne-Gaëlle Chanon et Thomas Monnet, animaient instrumentalement parlant la soirée. « Le Concert brisé » était ce soir-là composé de Jasmine Eudeline au violon, de Stéfan Léger à la sacqueboute et de William Dongois au cornet à bouquin et à la direction. Anne-Gaëlle Chanon se chargeait en outre de la basse continue à l’orgue positif. La soprano Claire Leffiliâtre, initialement programmée comme soliste de ce concert avait due être remplacée, pour raison de santé, par Catherine Padaut.
Saluons bien bas la prestation impromptue de cette belle artiste dont on ne peut qu’admirer la splendide luminosité du timbre, la projection exemplaire, la stabilité du vibrato, l’agilité vocale et la grande musicalité. Sa voix, parfaitement conduite, se mêle avec art aux couleurs des instruments.
C’est sur le grand orgue tenu par Thomas Monnet que s’ouvrait le concert. Le majestueux portique du Magnificat Primi Toni, joué avec panache, était suivi, dans la première partie, par une Canzonetta en mi et une Passacaglia en ré : deux pièces austères et pourtant pleines de couleurs. Anne-Gaëlle Chanon, au cours de la seconde partie prenait possession de l’orgue Ahrend pour 4 Contrepoints-miroirs, un touchant « Klag Lied » (Chant de plainte) et le solennel Praeludium en sol.
De très belles pièces associant la voix et les instruments comme le sensible « Lauda anima mea », l’émouvant « Also hat Gott die Welt geliebt » ou le « Quemadmodum desidera modus » sur une basse obstinée alternaient avec deux Sonates a trois d’une redoutable difficulté instrumentale dans lesquelles le cornet à bouquin rivalise de virtuosité avec le violon. Une belle fin de saison.
Serge Chauzy