Riche programme que celui qui associait les noms d’Antonio Vivaldi, le Vénitien virtuose, prêtre de son état, inventeur supposé du concerto pour cordes, et son presque contemporain français, Jean-Marie Leclair, qualifié d’« ange du violon » qui débuta comme danseur et mourut mystérieusement assassiné. Tous deux illustrent l’effervescence virtuose de l’archet avec des styles assez proches, bien que possédant leurs spécificités propres.
L’Orchestre Baroque de Venise semble conçu sur mesure pour exalter ce répertoire. La richesse suave des sonorités, la finesse des phrasés, l’art des contrastes dynamiques, tout concourt au bonheur de l’auditeur. Jouant tous debout (à l’exception, bien évidemment, du violoncelliste), ces musiciens sont simplement dirigés par leur premier violon ou le soliste lorsqu’il est présent. Dans la plus pure tradition baroque.
Ils débutent seuls la soirée par une série bouillonnante de trois concertos pour cordes de Vivaldi qui se distinguent par des mouvements lents d’une profonde beauté. L’adagio du ré majeur RV 121, s’écoulant comme un sommeil apaisé, l’élégance de l’andante du RV 168, s’opposent à certains épisodes d’un dramatisme presque « verdien » avant l’heure.
Giuliani Carmignola apparaît ensuite pour deux séries de concertos pour violon solo et cordes, l’une signée Leclair, l’autre Vivaldi. Son timbre d’une pureté dorée, la légèreté de ses traits virtuoses, la vélocité sans inertie de son bras droit confèrent à ces œuvres une grâce absolue. La truculente imitation de la musette chez Leclair, le rêve et l’humour en musique chez Vivaldi témoignent de l’incroyable palette expressive de cet artiste élégant et profondément musicien.
De multiples bis dont l’inévitable mouvement final de « L’Eté », extrait des « Quatre Saisons » de Vivaldi, concluent la soirée dans les bulles d’un éblouissant « spumante ».
Serge Chauzy