CRITIQUE
Flamboyante Europe musicale
Quel beau voyage ! Il s’agissait, ce 14 novembre dernier, de celui qu’organisaient Jordi Savall et son ensemble Hesperion XXI, au salon rouge du musée des Augustins. Invités pour l’ouverture de la saison des Arts Renaissants, les musiciens catalans brossaient ainsi un panorama flamboyant des musiques de la Renaissance européenne.
Jordi Savall, depuis son dessus de viole, dirigeait Philippe Pierlot, Sergi Casademunt et Guido Balestracci aux violes de gambe (respectivement altus, ténor et basse), Xavier Puertas, au violone (contrebasse baroque), Xavier Diaz-Latorre, au luth, au théorbe et à la guitare baroque, et Pedro Estevan aux percussions.
Très intelligemment conçu, ce programme évoquait successivement les productions venues d’Italie, d’Angleterre, d’Espagne, de France, d’Allemagne, pour revenir en fin de concert à l’Italie, la mère biologique de toute musique, en cette Europe du 17ème siècle.
Ainsi que l’évoque Jordi Savall en fin de concert, les passerelles entre toutes ces nationalités musicales sont constantes et multiples. Les compositeurs n’hésitent pas à sillonner toute l’Europe, voyageant d’une cour à l’autre, puisant leur inspiration chez leurs voisins.
Les points de convergence sont nombreux. Ainsi retrouve-t-on la nostalgie douloureuse de la « Pavana del Rey » d’un anonyme italien dans le « Lacrimae Pavan » de l’Anglais John Dowland. Les nuances existent certes, comme dans la solennité chaleureuse de la « Pavane du Mariage du Roy Louis XIII » d’un anonyme français, ou dans la dialectique des pièces de Samuel Scheidt, une musique qui dit, qui raconte.
Jordi Savall joue en authentique poète. Au-delà de la beauté esthétique de son jeu personnel, il obtient de son ensemble la cohésion, la finesse, la chaleureuse musicalité que réclament ces pièces variées. Par la richesse des phrasés et celle des ornementations, chacun contribue avec humilité à la beauté de l’ensemble. Une mention spéciale doit être accordée à Pedro Estevan dont la subtilité des percussions épice chaque partition des plus éblouissantes saveurs.
Deux improvisations, deux « canarios », donnent la mesure de l’esprit d’équipe qui anime l’ensemble. Nées du silence, elles conduisent l’auditeur au silence à travers un rythme hypnotique sur lequel se greffent mélodies et traits imaginatifs. Du grand art !
Serge Chauzy